POL 5930 · L'État canadien et peuples autochtones · Après la mi-session · 3 et 10 novembre

POL-08 : Le mémorial Laurier, Idle No More, résurgence et réconciliation

prépare l'atelier du 10 novembreMejía Mesa, Richez & Raynauld, Coulthard, Ladner, CVR, Viens
L'essentiel du chapitre

Ces résumés ne sont pas matière à la mi-session. Ils préparent les séances de novembre, l'atelier du 10 novembre sur le mémorial Laurier et le travail de recherche, qui doit citer au moins deux textes du cours. Le cadre de toute cette deuxième moitié est le débat reconnaissance / réconciliation contre résurgence.

3 nov.Le mémorial à Sir Wilfrid Laurier (1910) : préparation de l'atelier

Présenté à Kamloops le 25 août 1910 par les chefs des nations secwépemc (Shuswap), syilx (Okanagan) et nlaka'pamux (Couteau ou Thompson), « per their secretary, J.A. Teit » · Attention : le PDF du cours est la brochure du centenaire (Shuswap Nation Tribal Council, 2010), qui ajoute un récit de Coyote, un contexte et une chronologie. Distinguez dans votre copie ce qui est de 1910 et ce qui est du cadrage de 2010.

Qui l'a écrit : les chefs des trois nations de l'Intérieur de la C.-B. James Teit, ethnographe d'origine écossaise et allié de longue date, met leurs paroles par écrit. Le père LeJeune traduit la présentation orale. La brochure ne donne pas de liste nominative des signataires de 1910 : écrivez « les chefs des trois nations, par l'entremise de Teit ».

Contexte : Laurier est en tournée dans l'Ouest. La province de la C.-B. refuse de reconnaître le titre autochtone et revendique la propriété des réserves. En amont, la ruée vers l'or de 1858 ; les réserves de Douglas (1861) « pointed out by the Indians themselves », réduites par Trutch (1865) ; l'entrée de la C.-B. dans la Confédération (1871). En aval, Laurier perd l'élection de 1911 ; la commission McKenna-McBride (1913-1916) ne fait qu'ajuster les réserves ; en 1927, la Loi sur les Indiens interdit de financer des revendications ou de retenir un avocat (abrogé en 1951).

Structure, en 9 mouvements :

  1. la salutation à Laurier, « Dear Sir and Father », accueilli « in our country » ;
  2. les premiers Blancs, des traiteurs francophones, des « real whites » qui se comportaient en invités ;
  3. le territoire comme « ranch » ou « maison » de chaque tribu, souveraine sur son territoire, le ranch étant « la vie » de la tribu ;
  4. 1858 et les « other whites », à qui les chefs offrent un partage moitié-moitié ;
  5. les promesses de Victoria ;
  6. le réquisitoire : traités en sujets sans accord, lois imposées, terres volées ;
  7. les réserves imposées et la criminalisation de la chasse et de la pêche ;
  8. les revendications : régler la question territoriale et conclure des traités avec chaque tribu ;
  9. la clôture courtoise, où Laurier lui-même est traité en invité.

Les thèmes :

Comment le texte représente Laurier et son époque : un « père », un vocabulaire paternaliste utilisé de façon stratégique pour rappeler au père ses devoirs ; un Canadien français, donc présumé héritier des « bons » Blancs de la traite (une idéalisation à confronter à Néméh-Nombré et Melançon) ; un invité, ce qui inverse symboliquement la souveraineté ; un recours fédéral (91(24)) contre la province. Point critique, de connaissance générale : le même gouvernement Laurier a négocié les Traités 8 (1899) et 9 (1905), avec clauses de cession. N'en faites pas un héros.

Huit liens avec les enjeux du cours, pour l'atelier
  1. Une structure, pas un événement (Wolfe, Coulthard) : la dépossession y est décrite comme un processus (prêt, occupation, réserves, criminalisation).
  2. Partage contre extinction : le « half and half » s'oppose à la CBJNQ et à la non-affirmation des traités modernes ; voir aussi l'appel 52 de la CVR sur le fardeau de la preuve.
  3. Le consentement : le « without our consent » de 1910 annonce le consentement préalable, libre et éclairé de la DNUDPA et la critique de C-45 par Idle No More.
  4. La continuité de la souveraineté : Mejía Mesa cite le mémorial contre la thèse de Cairns, pour qui le langage de la « nation » ne naît qu'en 1969.
  5. L'autoreconnaissance (Coulthard) : le texte juge l'État selon le droit autochtone de l'hospitalité. Il exprime un « ressentiment » politique légitime.
  6. Démanteler les mythes (Ladner, CVR 45-47) : pas de terra nullius, des frontières tribales connues ; la brochure de 2010 est elle-même un « act of remembrance ».
  7. La terre criminalisée : on retrouve les gardes-chasse du Traité Williams (1923) chez Simpson, et l'inverse avec le programme de sécurité du revenu des chasseurs cris.
  8. La justice à trois vitesses (« one way for the rich white man… ») annonce le constat de discrimination systémique de la Commission Viens.

Mejía Mesa (2020) : « Le Livre blanc et l'autodétermination des peuples autochtones au Canada »

Chap. 5 dans Guimont Marceau, Roy & Salée (dir.), Peuples autochtones et politique au Québec et au Canada, PUQ, p. 113-135

La contestation du Livre blanc de 1969 (abolir le statut et la Loi sur les Indiens, privatiser les réserves, transférer aux provinces) est une renaissance politique. Mais les réponses autochtones portent déjà des projets d'autogouvernement : le Livre rouge / Citizens Plus (Chefs indiens de l'Alberta, Harold Cardinal, 1970), le Livre brun (UBCIC, 1970), la Déclaration dénée (1975). Elles prolongent une tradition ancienne de pensée souverainiste qui remonte au mémorial Laurier (1910) et à Deskaheh à la Société des Nations (1923). L'auteur contredit ainsi Alan Cairns.

Le Livre blanc est retiré en 1971 (la diapo dit 1970). « Citizens plus » vient du rapport Hawthorn-Tremblay (1966) : des droits en plus de la citoyenneté. La suite passe par le rapport Penner (1983), la CRPA (1996, un « troisième ordre de gouvernement ») et l'appel 45 de la CVR. Lien : c'est l'élimination par l'égalité formelle (Wolfe), ou la « convergence » selon Ladner.

Richez & Raynauld (2020) : « Une nouvelle vague de luttes autochtones au Canada : Idle No More »

Chap. 7, même ouvrage, p. 145-169 · 11 entretiens et une demande d'accès à l'information

La mobilisation des ressources et le cadrage n'expliquent qu'en partie l'effet d'Idle No More. C'est la structure des opportunités politiques qui compte : fermée sous Harper, elle s'ouvre avec Trudeau. Les gains sont donc différés (environ 3 ans) et passent par une élite réformiste.

INM naît en novembre 2012 de quatre femmes (Wilson, Gordon, McAdam, McLean) contre les lois omnibus C-38 et C-45 (évaluation environnementale, cours d'eau, pas de consultation). La grève de la faim de Theresa Spence commence le 11 décembre 2012 ; on compte environ 579 actions et 743 000 tweets. Sous Harper, la réponse est minimale (C-27 et C-33 sont contestées). Sous Trudeau viennent 8,4 G$, l'appui à la DNUDPA (2016), l'ENFFADA (2016) et la scission du ministère (2017), mais pas le rétablissement de C-38 et C-45. Tension utile : les auteurs mesurent le succès en politiques publiques (reconnaissance), alors que Coulthard lit INM comme une résurgence.

10 nov.Résistance, résurgence, réconciliation (deux textes sur quatre)

Coulthard (2018) : « Voir rouge : réconciliation et ressentiment »

Chap. 4 de Peau rouge, masques blancs, Lux, p. 181-219 (original anglais 2014)

Dans un État colonial d'occupation, il n'y a pas de « transition ». La réconciliation importée de la justice transitionnelle doit donc reléguer la violence coloniale au passé, et elle pathologise la colère autochtone comme un « ressentiment » à guérir. Or ce ressentiment est vertueux : c'est une protestation morale contre une injustice présente, et il peut nourrir l'autoreconnaissance et la résurgence.

Il part d'un paradoxe : les excuses de Harper (juin 2008), puis son affirmation de 2009 que le Canada n'a « pas d'histoire coloniale ». Il s'appuie sur Fanon (le colonialisme intériorisé) et sur les crises de 1990 (Meech et Elijah Harper, Oka), qui forcent la CRPA. Rassembler nos forces (1998) introduit le vocabulaire de la justice transitionnelle (seulement 350 M$, pour la guérison). La CVR traite le colonialisme comme un événement, pas comme une structure (Wolfe), et répare les sujets autochtones plutôt que la relation. Les droits « modifiés » ou la non-affirmation seraient pires que l'extinction (Kulchyski). C'est le texte pivot du débat reconnaissance contre résurgence.

Ladner (2018) : « Proceed with Caution: Reflections on Resurgence and Reconciliation »

Chap. 8 dans Asch, Borrows & Tully (dir.), Resurgence and Reconciliation, UTP, p. 245-264

Une vraie réconciliation est un processus continu et transformateur, ancré dans la terre : bien vivre ensemble (miyo pimat'siwin) sur des terres autochtones. Elle ne peut pas être une convergence, c'est-à-dire une fusion sous la souveraineté de la Couronne, qui n'est que de l'assimilation renommée. « Meaningful reconciliation is not and cannot be about convergence » (p. 247).

Elle critique la réconciliation de la Cour suprême (Van der Peet, Delgamuukw), qui présuppose la souveraineté de la Couronne, et le mythe de l'exceptionnalisme canadien. Contre-exemple : la décennie de réconciliation australienne (1991-2000), symbolique et sans souveraineté. Selon elle, le droit est « écrit sur la terre » (Borrows) : récits pieds-noirs, anishinaabe et haudenosaunee. Elle demande des « acts of remembrance » et rappelle que les traités avaient déjà réconcilié les peuples, dans la parenté (wahkohtawin). Position : entre Coulthard et la CVR, elle redéfinit la réconciliation à partir de la résurgence.

CVR (2015) : Appels à l'action

94 appels · le PDF français porte « 2012 » en couverture, mais citez 2015

Deux parties : Séquelles (1-42 : protection de l'enfance, éducation, langue et culture, santé, justice) et Réconciliation (43-94). La DNUDPA y sert de cadre de la réconciliation. Les appels les plus utiles :

Nuance : Coulthard en critique le cadre, mais les appels 45 à 52 sont structurels (titre, souveraineté, droit autochtone).

Protecteur du citoyen (2023) : premier rapport de suivi de la Commission Viens

Commission Viens (CERP) : créée en 2016 après les révélations de Val-d'Or (2015), rapport du 30 sept. 2019, 142 appels à l'action · le suivi est confié au Protecteur du citoyen par l'appel 138

Le constat de Viens : les Premières Nations et les Inuit subissent une discrimination systémique dans cinq services (police, justice, services correctionnels, santé et services sociaux, protection de la jeunesse). Ses causes sont l'héritage colonial, la méconnaissance, une image publique tronquée et des actions morcelées. Le bilan de 2023 : sur 142 appels, 11 réalisés, 34 entamés de façon satisfaisante, 56 de façon insatisfaisante, 33 sans action, 8 en analyse. Un peu moins du tiers progresse donc bien. La protection de la jeunesse est le secteur le plus en retard.

Le symbolique avance (excuses du premier ministre en 2019, motions sur la DNUDPA), mais pas de loi québécoise de mise en œuvre de la DNUDPA, pas de stratégie d'ensemble, et des avis autochtones sollicités après les décisions. Contexte : la mort de Joyce Echaquan (2020) et le Principe de Joyce. « La discrimination systémique […] perdure » (p. 61). Lien : c'est la réconciliation sans transformation que critiquent Coulthard et Ladner.

Testez-vous

Répondez à voix haute ou par écrit avant d'ouvrir la réponse : c'est le rappel actif que recommande le professeur.

Comment le mémorial représente-t-il Laurier ?

Comme un « père » à qui l'on rappelle ses devoirs (un paternalisme utilisé stratégiquement) ; comme un Canadien français présumé héritier des « bons » Blancs de la traite ; comme un invité « in our country » ; comme un recours fédéral contre la province.

Citez deux liens entre le mémorial et des enjeux actuels.

Par exemple : le « without our consent » et le consentement préalable, libre et éclairé de la DNUDPA (et C-45) ; le « half and half » contre les clauses d'extinction ou de non-affirmation ; la justice « à trois vitesses » et la Commission Viens.

Pourquoi Coulthard dit-il que la réconciliation est un problème dans le contexte canadien ?

Elle vient de la justice transitionnelle, mais il n'y a pas eu de transition. Elle situe donc le colonialisme dans le passé, pathologise la colère autochtone et vise à réparer les sujets plutôt que la relation coloniale.

Qu'entend Ladner par « convergence » ?

La fusion des souverainetés sous la Couronne, c'est-à-dire l'assimilation renommée. Une réconciliation véritable doit être sans convergence.

Qu'est-ce que la structure des opportunités politiques, et quel rôle a-t-elle joué pour Idle No More ?

C'est la conjoncture institutionnelle qui rend une mobilisation efficace ou non. Fermée sous Harper, elle s'ouvre avec Trudeau : les gains d'INM sont donc venus environ trois ans plus tard.

Quel est le bilan du suivi Viens en 2023 ?

Sur 142 appels, 11 réalisés et 34 entamés de façon satisfaisante, soit environ un tiers. Pas de loi québécoise de mise en œuvre de la DNUDPA. La protection de la jeunesse est le secteur le plus en retard.