POL 4470 · Économie politique des relations internationales · Partie I · 17 et 24 septembre

EPI-03 : La balance des paiements

4 documents du recueil : Statistique Canada (×2), Banque du Japon, Hatemsujet probable de l'intra
L'essentiel du chapitre
Ce qui vient d'où

Tout ce qui porte une page vient des quatre documents du Moodle, lus pour ces notes. Les passages marqués hors recueil sont de la connaissance générale, utile pour relier les idées mais à ne pas attribuer au professeur. Avant l'examen, vérifiez les citations dans votre recueil : elles ont été recopiées à partir de scans.

Pourquoi ce sujet dans un cours d'économie politique

Le cours place la balance des paiements dans la séance sur le mercantilisme et le nationalisme économique (EPI-02). Le lien est direct. Pour les mercantilistes, « la richesse d'une nation se mesure d'abord par ses réserves en or et en argent » (Norel, p. 278), et un pays sans mines ne peut en accumuler qu'en exportant plus qu'il n'importe (Deyon, p. 88). La balance commerciale devient le symbole du succès ; Thomas Mun (1630) y ajoute le fret, l'assurance et les profits des marchands, et introduit ainsi « pratiquement, la définition moderne de la balance courante » (Norel, p. 279). La balance des paiements moderne est l'héritière comptable de cette obsession, et les débats sur les excédents et les déficits (Chine, Allemagne, États-Unis) en sont l'écho.

Trois questions d'économie politique se cachent derrière les chiffres :

Les comptes de la balance des paiements

La définition de Statistique Canada sert de point de départ dans une réponse :

« Les statistiques de la balance des paiements du Canada fournissent des informations sur les opérations économiques du pays conclues avec les non-résidents et sont réparties entre le compte courant et le compte capital et financier. » (Statistique Canada, p. 112)

Un critère décide de ce qui entre dans la balance : la résidence, pas la nationalité ni la frontière. Une vente entre un résident et un non-résident compte, même si le bien ne traverse pas la frontière, car on enregistre « le changement de propriété » (p. 113).

CompteCe qu'il contient (Statistique Canada, 2005)Nom actuel hors recueil
Compte courantBiens : évalués à la frontière du pays exportateur (p. 113)Biens
Services : voyages, transports, services commerciaux, services gouvernementaux (p. 114)Services
Revenus de placements : intérêts, dividendes, bénéfices réinvestis (p. 116)Revenus primaires
Transferts courants : opérations « sans contrepartie » : dons, aide, pensions (p. 116)Revenus secondaires
Compte capital et financierCompte capital : transferts de capital (avoirs des migrants, remises de dette, successions) et actifs intangibles (brevets, achalandage) (p. 117)Compte de capital
Compte financier : investissements directs, de portefeuille et autres, y compris les réserves officielles (p. 117-118)Compte financier
Divergence statistiqueLes opérations « qui n'ont pas été saisies ou qui n'ont pas été bien mesurées » (p. 119)Erreurs et omissions nettes

Les documents de Statistique Canada datent de 2005 et suivent l'ancien manuel du FMI. Le document de la Banque du Japon emploie déjà les termes actuels (primary income, secondary income). Dans une réponse, citez chaque document avec ses propres mots et signalez l'équivalence.

Le cas des transferts
Ce sont les seules opérations sans contrepartie : « des compensations à des transactions pour lesquelles il n'y a pas de quid pro quo » (p. 112). La partie double exige quand même deux écritures : le transfert est l'écriture qui « compense » le paiement.
Les réserves officielles
Les avoirs en devises, l'or monétaire, les DTS et la position au FMI de la Banque du Canada et du ministre des Finances. Elles varient avec les opérations de change de la Banque du Canada (p. 119). hors recueil C'est le poste où se lisait, sous l'étalon-or, la sortie d'or d'un pays en déficit.

La partie double : le laboratoire

Le document de la Banque du Japon explique la règle en une phrase :

« In the BOP statistics, each transaction consists of two entries, a credit entry and a debit entry, of equal value, and the sum of the credit entries and the sum of the debit entries are in principle the same. » (Banque du Japon, p. 43)
[Chaque transaction comporte deux écritures de valeur égale, un crédit et un débit ; la somme des crédits et celle des débits sont en principe identiques.]
Crédit (+)Débit (−)
exportations de biens et services
revenus reçus, transferts reçus
diminution des actifs financiers
augmentation des passifs
importations de biens et services
revenus versés, transferts versés
augmentation des actifs financiers
diminution des passifs

Pour s'en souvenir : est un crédit tout ce qui fait entrer des devises dans le pays. Acheter une action étrangère revient à « importer » un titre : c'est un débit, comme une importation de voitures.

Ajoutez les quatre opérations de la Banque du Japon, une à une (p. 43). Le tableau tient les comptes ; la dernière ligne vérifie l'identité.
CompteCréditDébitSolde

Cliquez sur une opération.

Avec les quatre opérations, le compte courant affiche +70 (80 d'exportations moins 10 de dividendes) et le compte financier +70 : le Japon a acquis 170 d'actifs nets et contracté 100 de dettes. Le document l'écrit ainsi :

« Current account balance + Capital account balance – Financial account balance + Net errors and omissions = 0 » (Banque du Japon, p. 44)
Deux conventions de signe

Statistique Canada note « + » toute entrée de capitaux, si bien que la somme du compte courant et du compte capital et financier donne zéro (p. 112). La Banque du Japon note « + » une acquisition nette d'actifs (« net lending »), d'où le signe « − » devant le compte financier dans son identité (p. 44). Les deux disent la même chose. Dans une réponse, précisez la convention que vous suivez.

Toujours équilibrée, mais pas toujours en équilibre

Puisque chaque opération est écrite deux fois, la somme de tous les comptes est nulle. Statistique Canada le dit sans détour :

« Un solde du compte courant en surplus ou en déficit doit correspondre à une sortie ou à une entrée de fonds équivalente au compte capital et financier. Autrement dit, l'addition des deux comptes doit donner zéro. » (Statistique Canada, p. 112)

En pratique, les données viennent de sources multiples et ne concordent jamais : la divergence statistique (ou « erreurs et omissions ») comble l'écart. La Banque du Japon donne deux raisons : le crédit et le débit d'une même opération ne sont pas toujours saisis dans la même période, et les méthodes d'évaluation diffèrent d'une source à l'autre (p. 44).

Le solde courant garde pourtant un sens économique. C'est la phrase la plus utile du document pour une question d'économie politique :

« Lorsqu'il y a déficit, le solde du compte courant indique jusqu'à quel point le Canada compte sur les ressources du reste du monde pour la consommation courante et l'investissement ; lorsqu'il y a surplus, cela montre jusqu'à quel point le Canada fournit de telles ressources au reste du monde. » (Statistique Canada, p. 112)

D'où le débat. Pour le mercantiliste, l'excédent est une victoire et le déficit une défaite : « accroître la richesse de son pays, c'est en retirer à un autre » (Norel, p. 276). hors recueil Pour le libéral, un déficit courant n'est ni bon ni mauvais en soi : un pays jeune, riche en ressources et qui investit beaucoup (le Canada du XIXe siècle, les États-Unis d'avant 1914) peut emprunter longtemps, s'il investit les ressources reçues de façon productive. Ce qui inquiète, c'est un déficit qui finance de la consommation, ou une dette qui devient impossible à refinancer.

Du flux au stock : le bilan des investissements internationaux

« Le bilan des investissements internationaux du Canada est l'état statistique de la valeur et de la composition de la position de l'actif et du passif financiers canadiens avec les non-résidents en fin d'exercice. » (Statistique Canada, p. 63)

La balance des paiements est un film (ce qui se passe pendant l'année), le bilan une photographie (ce qu'on possède et doit au 31 décembre). Le document relie les deux en quatre étapes (p. 65) :

  1. Le solde courant est compensé par le compte capital et financier, au signe près.
  2. Le compte capital et financier, accumulé année après année, forme la position nette.
  3. Donc « l'accumulation au fil du temps du compte courant est équivalente au bilan net des investissements internationaux ».
  4. À une réserve près : la correspondance n'est pas parfaite, car le bilan bouge aussi avec les variations d'évaluation (taux de change, prix des actifs, reclassements), que la balance n'enregistre pas.
« Bref, si seules les opérations avec les non-résidents figurent dans la balance des paiements, l'actif et le passif extérieurs traduisent aussi bien les opérations avec les non-résidents que les changements d'évaluation. » (p. 65)

La conclusion sur le Canada est la phrase à retenir :

« L'écart entre l'actif et le passif extérieurs est un solde dégagé qui équivaut à la partie de l'économie canadienne attribuable au reste du monde. Le Canada a été et est encore un débiteur net avec l'étranger. » (p. 66)

Un détail technique peut servir de nuance : le Canada évalue ses investissements à la valeur comptable (« principe du débiteur »), ce qui « n'est pas conforme aux normes internationales », qui demandent la valeur au marché (p. 64). hors recueil Le travail pratique demande de commenter l'évolution de cette position depuis 2010 : le Canada est devenu créancier net vers le milieu des années 2010, à vérifier dans le tableau 36-10-0485 de Statistique Canada.

Investissement direct, portefeuille, contrôle

Investissement direct
Il « permet aux investisseurs, sur une base continue, d'influencer la gestion d'une entreprise à l'extérieur de leur propre économie » (p. 117). Au Canada, le seuil est de 10 % des actions avec droit de vote (p. 66). On distingue filiales (plus de 50 %), sociétés associées (10 à 50 %) et succursales (p. 117-118).
Investissement de portefeuille
« Une forme passive d'investissement » qui vise un gain par « une diversification internationale » (p. 68-69) : obligations, actions et titres du marché monétaire, négociables, sans influence sur l'émetteur.
Autres investissements
Un « compte résiduel d'un caractère hétérogène » (p. 71) : prêts, dépôts, réserves officielles.
Contrôle
« Le pouvoir de déterminer la politique générale de la société en nommant au besoin ses administrateurs » (p. 67). L'investissement direct est une notion plus large : on peut avoir de l'influence sans le contrôle.

Pourquoi ces distinctions comptent en économie politique : l'investissement direct crée une relation durable de pouvoir sur des entreprises nationales, alors que le portefeuille est mobile et peut fuir vite. hors recueil C'est la différence entre la crainte d'une économie de « succursales » (le débat canadien des années 1960-1970, la FIRA de 1973) et la crainte d'une crise financière par fuite des capitaux (Asie, 1997).

Hatem : mesurer la compétitivité ?

Le texte de Fabrice Hatem (Problèmes économiques, 2004, p. 41-44) ne parle pas de la balance des paiements. Il fait le point sur les indices composites qui classent les pays selon leur compétitivité ou leur attractivité pour l'investissement étranger : l'IMD, le Forum économique mondial, l'IDH de l'ONU, la Heritage Foundation et Forbes, la Cnuced, la Banque mondiale. Le lien avec ce chapitre passe par l'investissement direct, que ces indices prétendent expliquer.

Sa thèse : ces indices ont des « faiblesses méthodologiques qui limitent fortement leur utilité concrète » (p. 43). Quatre critiques (p. 44) :

  1. Les sources : les enquêtes d'opinion sont fragiles. L'IMD interroge les gens d'affaires sur leur propre pays, et ce que les dirigeants déclarent diffère de ce qu'ils font.
  2. Le choix des indicateurs révèle des « a priori idéologiques ». Pour la Heritage Foundation et Forbes, « point de salut hors de la compétitivité, et point de compétitivité sans libéralisme » (p. 42). Or « une pression fiscale élevée dans un pays n'est pas en soi un facteur de non-compétitivité » (p. 44) : tout dépend de ce que l'impôt finance.
  3. Le mode de calcul : avec les mêmes données, les pondérations et les méthodes d'agrégation donnent des classements très différents.
  4. L'utilité pratique : un indice national est trop général pour décider d'un investissement précis.

Le tableau 1 (p. 42) le montre : selon l'indice, la France est classée du 10e au 62e rang. Dans une réponse, Hatem sert à nuancer toute explication des déficits par un manque de « compétitivité » : le mot cache des choix politiques.

Citations à repérer dans le recueil

Mettez un repère à ces pages avant l'examen. Elles couvrent une question sur la balance des paiements de bout en bout.

Pour dire…Document, page
l'origine mercantiliste : la richesse en or, Mun et la balance couranteNorel, p. 278-279 ; Deyon, p. 88
l'excédent se détruit lui-même (Smith)Norel, p. 282
la définition de la balance et ses deux comptesStatistique Canada, p. 112
le sens d'un déficit : « les ressources du reste du monde »Statistique Canada, p. 112
la somme des comptes donne zéro ; la divergence statistiqueStatistique Canada, p. 112 et 119
le principe du changement de propriétéStatistique Canada, p. 113
la partie double, crédits et débits ; les quatre exemplesBanque du Japon, p. 43
l'identité et le « net lending »Banque du Japon, p. 44
le bilan comme stock ; la position netteStatistique Canada (bilan), p. 63
l'accumulation des soldes courants = la position netteStatistique Canada (bilan), p. 65
« Le Canada a été et est encore un débiteur net »Statistique Canada (bilan), p. 66
le seuil de 10 % ; le contrôleStatistique Canada (bilan), p. 66-67
les indices de compétitivité et leurs biaisHatem, p. 42 et 44

Le plan de réponse complet est dans la salle d'examen.

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