Les lectures de cette séance (Rainelli ; Lassudrie-Duchêne et Ünal-Kesenci ; Niveau et Crozet, « L'étalon-or international : mythes et réalités du XIXe siècle » ; Röpke ; Bairoch, ch. 2-4) ne sont pas sur le Moodle : elles sont seulement dans le recueil papier. Ce chapitre s'appuie donc sur ce qui est disponible : Deyon (ce qu'il dit de Smith et de l'étalon-or), les trois textes d'introduction (Kébabdjian, Abbas, Daniel), le Tableau 1 du cours, et des connaissances générales marquées hors recueil. Pour chaque thème, une liste « à repérer dans le recueil » vous dit quoi chercher dans ces textes pour les citer. Si vous photographiez ces pages, ce chapitre peut être refait avec les vraies citations.
Commencez par ce que le recueil dit de Smith. Deyon le présente comme le grand adversaire du mercantilisme :
Selon Deyon, Smith est le premier à bâtir une « théorie générale et libérale du capitalisme industriel » : les trois premiers livres de La richesse des nations exposent la valeur, le capital et les revenus, et le livre IV est consacré à combattre le système mercantile (p. 73-74). Deyon résume ses arguments en quatre points (p. 74) :
Norel précise ce que Smith reproche aux mercantilistes sur la monnaie : il « se moque de la naïveté » de leurs thèses, car l'excédent se détruit lui-même. La monnaie qui entre fait monter les prix et réduit la compétitivité (effet prix) ; les revenus augmentent, donc les importations (effet revenu) (Norel, p. 282). Pour Smith, accumuler de l'or est donc vain. Norel relativise : les marchés de l'époque étaient souvent captifs, conquis par la force, et ce sont les pratiques protectionnistes qui ont bâti la puissance commerciale anglaise (p. 282-283).
Deux textes d'introduction du recueil complètent le portrait. Kébabdjian situe Smith dans la naissance de l'économie classique, qui opère une « double rupture » : « une rupture d'avec l'Etat ; une rupture d'avec les relations internationales » (Kébabdjian, p. 67). La concurrence permet de « refouler l'Etat hors de la sphère économique et de réduire son rôle à celui de protecteur du contrat économique » (p. 68), et la main invisible réconcilie les intérêts :
Pour Kébabdjian, le commerce dit « international » « n'a d'international que le nom » dans cette vision : il n'y a que des échanges entre individus, et les frontières sont des artefacts (p. 68). C'est exactement ce que l'économie politique internationale reprochera aux classiques. Daniel, lui, résume l'apport de Smith en une ligne : aux physiocrates, « A. Smith y ajoute la division du travail (on parle à son propos de passage de la « physiocratie » qui signifie le pouvoir de la nature à la « ponocratie » qui signifie le pouvoir du travail). L'outil privilégié est la concurrence » (Daniel, p. 280). Il ajoute que l'influence de Smith « grandira avec celle du Royaume-Uni au détriment de la France » (p. 280) : la doctrine suit la puissance.
Deyon ajoute que, pour Smith, le système mercantile est né d'une association entre des princes et des propriétaires qui n'entendaient rien au commerce et des marchands qui n'entendaient rien à la politique (p. 85). Après lui, « toute l'école classique » dénonce les confusions du mercantilisme sur la richesse et la monnaie et « son obsession de la balance du commerce » (p. 74).
Le professeur aimerait que, pour une question sur Smith, vous citiez son texte. Si le recueil contient un extrait de La richesse des nations, repérez-y ces passages, tous dans le livre IV, chapitre 2, sauf le premier. Le texte anglais est donné pour que vous reconnaissiez la phrase dans la traduction de votre recueil.
Le mercantiliste voit l'économie mondiale comme un gâteau fixe : un royaume ne prospère « qu'aux dépens de ses voisins » (Deyon, p. 89). Smith voit un gâteau qui grandit avec la division du travail et l'étendue du marché. Le commerce devient un jeu à somme positive, et la richesse se sépare de la puissance. C'est le fondement du libéralisme ; le réalisme et le nationalisme économique (List, EPI-02) répondront que les gains relatifs comptent, et que l'État ne peut pas s'en désintéresser.
Smith dit : achetez à l'étranger ce qu'il produit moins cher. Mais que fait un pays qui produit tout plus cher ? Ricardo (Principes, 1817, ch. 7) répond avec son exemple célèbre : le nombre d'heures de travail nécessaires pour une unité de chaque bien.
| Drap | Vin | Coût du vin en drap | |
|---|---|---|---|
| Angleterre | 100 | 120 | 1,2 |
| Portugal | 90 | 80 | 0,89 |
Le Portugal est plus efficace pour les deux biens (avantage absolu partout). Pourtant, le vin lui « coûte » moins de drap (0,89) qu'à l'Angleterre (1,2). Si le Portugal fait le vin et l'Angleterre le drap, et qu'ils échangent à un prix entre les deux, chacun obtient plus de vin et de drap pour le même travail. Le commerce profite aux deux, même au moins efficace : c'est l'avantage comparatif.
Deux remarques d'économie politique. D'abord, la spécialisation fige un rôle : l'Angleterre fait l'industrie, le Portugal le vin. C'est ce que List conteste : l'avantage comparatif d'aujourd'hui n'est pas celui de demain, et un pays agricole qui n'industrialise pas reste dépendant. Abbas le dit du point de vue de la discipline : « l'ÉPI ne réduit pas l'ouverture au seul jeu des avantages comparatifs » (Abbas, p. 51) ; elle y voit un compromis entre groupes, arbitré par l'État, avec des gagnants et des perdants. Daniel rattache le libre-échange de Ricardo aux rendements décroissants de l'agriculture : les classiques « voient le salut dans le libre-échange » (Daniel, p. 17-18). Enfin, Deyon rapporte que l'expérience d'après 1918 a montré « l'insuffisance des théories libérales des coûts comparés, de la division internationale du travail et de l'équilibre automatique des balances de paiement » (Deyon, p. 87). Les lectures de Rainelli et de Lassudrie-Duchêne et Ünal-Kesenci, dans le recueil, discutent cette notion « fondamentale et controversée ».
Le Tableau 1 du cours montre la montée et le début du déclin relatif de la puissance industrielle britannique. Cliquez sur la légende pour masquer ou montrer une courbe.
Ce que le tableau montre :
hors recueil Le Royaume-Uni passe au libre-échange au moment où il domine : abolition des Corn Laws en 1846 (le blé étranger entre librement, ce qui baisse le prix du pain et les salaires ouvriers), abolition des Actes de navigation en 1849, traité Cobden-Chevalier avec la France en 1860, avec la clause de la nation la plus favorisée qui diffuse les baisses de tarifs en Europe. Le retour du protectionnisme suit la grande dépression de 1873-1896 : tarif Bismarck en 1879, tarif Méline en 1892, tarif McKinley aux États-Unis en 1890.
Le libre-échange et l'étalon-or ont produit la première mondialisation : croissance du commerce, flux de capitaux et de migrants, paix générale entre grandes puissances de 1815 à 1914.
Le leader industriel a intérêt à ouvrir les marchés des autres : « si les Anglais proclament avec autant de force la liberté du commerce, c'est que l'Angleterre est alors la première puissance commerciale du monde » (Norel, p. 283). List : le libre-échange est « une expression théorique de l'égoïsme commercial anglais » (Deyon, p. 75). L'Allemagne et les États-Unis rattrapent le Royaume-Uni derrière des tarifs (Zollverein, Deyon, p. 74). Et les Indes, ouvertes de force, se désindustrialisent (Tableau 1).
hors recueil Bairoch, dans le recueil (ch. 2-4 de Mythes et paradoxes de l'histoire économique), soutient que le XIXe siècle est un « océan de protectionnisme » entouré de quelques îlots libéraux, que les États-Unis sont la « patrie du protectionnisme moderne », et que la croissance européenne a été plus rapide après le retour aux tarifs qu'à l'époque libérale. Vérifiez ces formules dans votre recueil avant de les citer.
Sous l'étalon-or, chaque monnaie est définie par un poids d'or, et la banque centrale échange ses billets contre de l'or à ce prix fixe. Deux monnaies définies en or ont donc un taux de change fixe entre elles : la livre valait environ 4,87 dollars parce que les deux étaient définies en or. L'or circule librement entre pays.
Le mécanisme d'ajustement automatique est celui de David Hume (1752), dit des « flux d'espèces et des prix » :
C'est la réponse libérale au mercantilisme : accumuler de l'or est inutile, puisque l'or qui entre fait monter les prix et repart. Le recueil donne la version de Smith : l'effet prix et l'effet revenu (Norel, p. 282). C'est aussi le lien avec la balance des paiements : sous l'étalon-or, la balance s'équilibre par des mouvements d'or et de prix.
Pour aider l'ajustement, la banque centrale suit des « règles du jeu » : quand l'or sort, elle monte son taux d'escompte. Le crédit se resserre, les prix baissent plus vite, et le taux plus élevé attire des capitaux étrangers, ce qui arrête la sortie d'or.
Le titre du chapitre de Niveau et Crozet dans le recueil annonce le débat : « L'étalon-or international : mythes et réalités du XIXe siècle ». Le texte n'étant pas sur le Moodle, voici les mythes et les réalités que l'historiographie discute habituellement hors recueil. Cherchez dans le chapitre lesquels les auteurs retiennent, et à quelles pages.
Réalité : le Royaume-Uni est à l'or de fait depuis 1717 et en droit depuis 1816-1821, mais les autres pays ne le rejoignent qu'après 1870 : l'Allemagne en 1871-1873 (avec l'indemnité de guerre française), les pays scandinaves et les Pays-Bas vers 1873-1875, la France et l'Union latine en 1876-1878 (en abandonnant la frappe libre de l'argent), les États-Unis en 1879 de fait et en 1900 en droit, la Russie et le Japon en 1897. L'étalon-or international dure donc environ 35 ans.
Réalité : l'ajustement passait moins par les flux d'or et les prix que par les taux d'intérêt et les mouvements de capitaux. Les flux d'or réels étaient faibles. Et les banques centrales ont souvent enfreint les « règles du jeu », en neutralisant les entrées ou sorties d'or (Bloomfield, 1959). Le système était géré, pas automatique.
Réalité : c'était un étalon-livre sterling. Le commerce mondial se finançait par des lettres de change sur Londres ; les réserves de nombreux pays étaient en livres plutôt qu'en or ; la Banque d'Angleterre tenait une réserve d'or très mince et gérait le système par son taux d'escompte. Keynes l'a comparée au chef d'orchestre du système international. La monnaie en circulation était surtout faite de billets et de dépôts.
Réalité : stabilité des changes au centre, mais crises à la périphérie : l'Argentine et la crise Baring de 1890, les défauts en Amérique latine, des pays qui sortent de l'or et y rentrent. Le coût de l'ajustement retombait sur les pays débiteurs et exportateurs de matières premières. Et le niveau des prix n'était stable qu'en moyenne longue : déflation de 1873 à 1896 (grande dépression), inflation ensuite avec l'or d'Afrique du Sud et du Klondike. Aux États-Unis, la déflation a nourri la révolte agraire contre l'or (« croix d'or » de Bryan, 1896).
Réalité : c'est ici que le recueil vous aide. Deyon cite Keynes :
Le raisonnement de Keynes, selon Deyon : quand la monnaie et le taux d'intérêt dépendent de la balance des paiements, le seul remède au chômage est d'exporter plus et d'importer de l'or, ce qui oppose les nations. Keynes espérait que la fin de l'étalon-or mettrait fin à la lutte pour les débouchés (Deyon, p. 87-88). Deyon note aussi que la disparition de l'étalon-or et de ses « mécanismes autorégulateurs » après 1918 a relancé l'intérêt pour le mercantilisme (p. 75).
Ce que le système promettait (un ajustement automatique, la confiance, la paix par le commerce) ; ce qu'il était (un système court, centré sur Londres et géré par les banques centrales, qui faisait payer la périphérie) ; pourquoi il a tenu (l'hégémonie britannique et la crédibilité de l'engagement envers l'or, dans des sociétés où les salariés ne votaient pas encore massivement) ; pourquoi il a cédé (1914, puis l'échec du retour à l'or dans l'entre-deux-guerres).
Le plan de cours associe l'étalon-or et le libre-échange à l'équilibre des puissances. Deux grilles de lecture vous servent :
Abbas, dans le recueil, présente la première comme la référence : selon Kindleberger, « le caractère libéral des relations économiques internationales ne peut être préservé que si un ensemble de règles et de normes – définissant des régimes internationaux commerciaux, monétaires, etc. – est institué et maintenu par une puissance hégémonique » (Abbas, p. 64-65). Mais Gilpin estime que l'hégémon « n'est pas un stabilisateur bienveillant » : il fournit les biens publics parce que cela sert ses intérêts (p. 65). Et le déclin de l'hégémon « explique le changement de la configuration des relations économiques internationales » (p. 66) : c'est le passage de la Pax Britannica à l'entre-deux-guerres.
Röpke (1959), dans le recueil, décrit l'économie mondiale libérale du XIXe siècle comme un ordre qui reposait sur des fondements politiques et moraux. Repérez sa définition de l'« intégration » de cette économie mondiale.
| Texte | Ce qu'il faut y trouver |
|---|---|
| Deyon (disponible, lu) | Smith p. 73-74 ; List p. 75 ; étalon-or et Keynes p. 75 et 87-88 ; mercantilisme « jeu à somme nulle » p. 89 |
| Norel (disponible, lu) | Smith, effet prix et effet revenu p. 282 ; « la première puissance commerciale du monde » p. 283 ; Ricardo et l'avantage comparatif p. 281, 283 |
| Kébabdjian, Daniel, Abbas (disponibles, lus) | Smith et la main invisible, Kébabdjian p. 67-68 ; Smith et la division du travail, Daniel p. 280 ; l'étalon-or et la neutralité de la monnaie, Daniel p. 281 ; le pays dominant des changes fixes, Kébabdjian p. 80-81 ; Mundell, Abbas p. 52 ; Kindleberger et Gilpin, Abbas p. 64-66 |
| Tableau 1 (disponible, lu) | les parts du Royaume-Uni, des États-Unis, de l'Allemagne, de la Chine et des Indes |
| Niveau et Crozet, p. 353-387 | la liste des « mythes » et des « réalités » ; les dates d'adhésion à l'or ; le rôle de Londres et de la Banque d'Angleterre ; les règles du jeu |
| Bairoch, ch. 2-4 | le libre-échange comme exception ; le protectionnisme des États-Unis ; croissance et tarifs après 1879 |
| Rainelli ; Lassudrie-Duchêne et Ünal-Kesenci | Smith (avantage absolu), Ricardo (avantage comparatif) et les critiques de la notion |
| Röpke, p. 11-27 | l'économie mondiale libérale du XIXe siècle, ses conditions politiques |
| un extrait de Smith, s'il y en a un | la bienveillance du boucher ; la maxime du chef de famille ; la main invisible ; la défense avant l'opulence |
Les plans de réponse sont dans la salle d'examen.