POL 4470 · Économie politique des relations internationales · Préparation de l'intra

EPI-06 : La salle d'examen

quatre plans de réponse d'environ 4 pages, avec les pages du recueilune réponse modèle sur la balance des paiements
Mode d'emploi

1. La balance des paiements

Question possible : « Qu'est-ce que la balance des paiements ? Pourquoi est-elle toujours équilibrée, et que révèle-t-elle de la place d'un pays dans l'économie mondiale ? »

  1. Introduction. Définition : les opérations avec les non-résidents, deux comptes (Statistique Canada, p. 112). Enjeu : la vieille question mercantiliste de la « balance du commerce » (Deyon, p. 74, 88) ; Mun et la balance courante (Norel, p. 279). Thèse : la balance est toujours équilibrée en comptabilité, mais sa composition dit qui finance qui et qui possède quoi.
  2. I. Une comptabilité en partie double.
    • Les comptes : biens, services, revenus, transferts ; compte capital et financier ; divergence statistique (Statistique Canada, p. 112-119).
    • La règle : un crédit et un débit pour chaque opération (Banque du Japon, p. 43) ; un exemple chiffré, l'exportation de 80 (p. 43-44).
    • L'identité : la somme des comptes est nulle (Statistique Canada, p. 112 ; Banque du Japon, p. 44). Les erreurs et omissions (p. 44).
  3. II. Ce que révèlent les soldes.
    • Un déficit courant : le pays « compte sur les ressources du reste du monde » (Statistique Canada, p. 112).
    • Du flux au stock : l'accumulation des soldes courants donne la position nette (bilan, p. 65) ; le Canada « a été et est encore un débiteur net » (p. 66). Nuance : les effets d'évaluation (p. 64-65).
    • Qui possède quoi : l'investissement direct, le seuil de 10 %, le contrôle (p. 66-67). Enjeu de souveraineté.
    • Les lectures en débat : le mercantiliste voit dans l'excédent la puissance ; le libéral un simple ajustement (Hume) hors recueil ; Keynes, cité par Deyon, une source de conflit sous l'étalon-or (p. 87).
    • La « compétitivité », souvent invoquée pour expliquer les soldes, est mal mesurée et chargée d'idéologie (Hatem, p. 42-44).
  4. Conclusion. Un outil comptable neutre en apparence, politique dans sa lecture. Ouverture : aujourd'hui, les excédents chinois et allemands et le déficit américain (Duménil et Lévy, p. 101 ; Klein et Pettis).

Voir EPI-03 et la réponse modèle plus bas.

2. L'étalon-or

Question possible : « L'étalon-or international (1870-1914) : mythe ou réalité d'un système autorégulateur ? »

  1. Introduction. Définition : des monnaies convertibles en or à prix fixe, donc des changes fixes, et la libre circulation de l'or. Période : environ 1870-1914, sous la Pax Britannica. Thèse : un système moins automatique et moins universel que son mythe, qui a tenu grâce à l'hégémonie britannique. Annoncez que vous suivez le chapitre de Niveau et Crozet (p. 353-387) sur les « mythes et réalités ».
  2. I. La promesse : un ajustement automatique.
    • Le mécanisme des flux d'or et des prix (Hume) et les « règles du jeu » des banques centrales hors recueil.
    • La doctrine classique : la neutralité de la monnaie « grâce à l'étalon-or » (Daniel, p. 281).
    • Le lien avec la balance des paiements : un déficit se paie en or (EPI-03). Smith l'avait dit contre les mercantilistes : l'excédent se détruit par l'effet prix et l'effet revenu (Norel, p. 282).
  3. II. Les réalités.
    • Court : le Royaume-Uni seul jusqu'aux années 1870, puis l'Allemagne, la France, les États-Unis (dates, hors recueil, à vérifier dans Niveau et Crozet).
    • Géré, pas automatique : taux d'escompte, mouvements de capitaux, règles du jeu souvent enfreintes.
    • Centré sur Londres : un étalon-livre sterling. Kébabdjian : tout régime de change fixe a un pays « dominant », les autres devant défendre les parités (p. 80) ; qui occupe cette place dépend de « relations de puissance » (p. 81).
    • Coûteux pour la périphérie : crises, défauts, déflation de 1873-1896.
    • Le triangle de Mundell : change fixe et capitaux libres, donc pas de politique monétaire autonome (Abbas, p. 52).
  4. III. Pourquoi il a tenu, et pourquoi il a cédé.
    • L'hégémonie : Kindleberger, la puissance qui maintient les régimes monétaires (Abbas, p. 64-65) ; Gilpin, un hégémon pas bienveillant (p. 65).
    • La critique de Keynes : l'étalon-or dresse les nations les unes contre les autres (Deyon, p. 87) ; sa disparition après 1918 relance le mercantilisme (p. 75).
    • Le Tableau 1 : le déclin relatif britannique après 1880 annonce la fin du système.
  5. Conclusion. Une réalité historique, mais pas le mécanisme naturel que racontait la doctrine : un régime politique, adossé à une hégémonie. Ouverture : l'échec du retour à l'or dans l'entre-deux-guerres et Bretton Woods (partie II du cours).

Voir EPI-04.

3. Adam Smith

Question possible : « Expliquez la critique qu'Adam Smith adresse au système mercantile. En quoi fonde-t-elle le libéralisme économique international, et quelles en sont les limites ? »

  1. Introduction. La richesse des nations (1776), le livre IV contre le système mercantile (Deyon, p. 73-74). Le mercantilisme : la richesse comme or, l'excédent commercial, la puissance de l'État (Deyon, p. 88). Thèse : Smith remplace un monde à somme nulle par un monde à somme positive, mais au prix de l'oubli de l'État et de la puissance.
  2. I. La critique du système mercantile.
    • Un système « erroné et haïssable » (Deyon, p. 73).
    • Les quatre arguments : l'intervention détourne les capitaux de leur emploi le plus productif ; on affaiblit les voisins au lieu de se perfectionner ; les consommateurs sont sacrifiés aux producteurs, « architectes du système » ; le monopole et l'exclusif colonial réduisent le revenu total (Deyon, p. 74).
    • Une alliance de princes qui ignorent le commerce et de marchands qui ignorent la politique (Deyon, p. 85).
    • L'argument monétaire : l'excédent se détruit lui-même, par l'effet prix et l'effet revenu (Norel, p. 282).
    • Si le recueil contient un extrait de Smith : la maxime du chef de famille, la main invisible (livre IV, ch. 2), le boucher et le boulanger (livre I, ch. 2).
  3. II. Un nouveau monde : la division du travail et le marché.
    • La division du travail et la concurrence : de la « physiocratie » à la « ponocratie » (Daniel, p. 280).
    • La main invisible réconcilie l'intérêt de chacun et celui de toutes les nations (Kébabdjian, p. 68).
    • Le prolongement par Ricardo : l'avantage comparatif hors recueil ; les classiques « voient le salut dans le libre-échange » (Daniel, p. 17-18).
  4. III. Les limites et les critiques.
    • Smith lui-même : la défense avant l'opulence (les Actes de navigation) hors recueil.
    • L'évacuation de l'État et de l'international : la « double rupture » (Kébabdjian, p. 67) ; l'État réduit à « protecteur du contrat » (p. 68).
    • Norel : les Anglais proclament la liberté du commerce parce que l'Angleterre est « la première puissance commerciale du monde », et c'est le protectionnisme qui a bâti cette puissance (p. 283).
    • List : le libre-échange, « expression théorique de l'égoïsme commercial anglais » (Deyon, p. 75) ; l'influence de Smith grandit avec celle du Royaume-Uni (Daniel, p. 280) ; le Tableau 1.
    • L'EPI ne réduit pas l'ouverture aux avantages comparatifs (Abbas, p. 51).
  5. Conclusion. Smith fonde l'approche libérale (Abbas, p. 55), mais le XIXe siècle montre que le libre-échange sert aussi la puissance qui le promeut. Ouverture : Deyon sur l'échec des théories libérales après 1918 (p. 87).

Voir EPI-04 et EPI-02.

4. L'impérialisme

Question possible : « La mondialisation a-t-elle rendu caduc le concept d'impérialisme ? »

Le plan détaillé est dans EPI-05 : les classiques et le débat Lénine-Kautsky ; le capital financier mondial (Duménil et Lévy, p. 92-94) ; la classe transnationale de Sklair et ses limites (Azzolini, p. 30-39) ; une hiérarchie atlantique (Duménil et Lévy, p. 95-99) ; les rivalités qui persistent (p. 99-105) ; conclusion : un impérialisme renouvelé.

Réponse modèle : la balance des paiements

Environ trois pages et demie à l'écrit. Lisez-la, repérez où chaque citation se trouve dans votre recueil, puis écrivez votre propre version sans la regarder.

IntroductionLa balance des paiements est le document statistique qui « fournit des informations sur les opérations économiques du pays conclues avec les non-résidents » ; elle se divise entre le compte courant et le compte capital et financier (Statistique Canada, p. 112). L'idée de mesurer ce qu'un pays vend et achète au reste du monde est ancienne : c'est la « balance du commerce » des mercantilistes, qui cherchaient un excédent des exportations pour attirer les métaux précieux « indispensables à la prospérité de la nation et à la puissance de l'Etat » (Deyon, p. 88). La question est donc double. Techniquement, pourquoi la balance est-elle toujours équilibrée ? Politiquement, que nous dit-elle du rang d'un pays dans l'économie mondiale ? On montrera qu'elle est équilibrée par construction, mais que la composition de ses soldes révèle des rapports de financement et de propriété qui sont des rapports de pouvoir.

ILa balance des paiements repose sur une comptabilité en partie double. Le compte courant enregistre les biens, les services, les revenus de placements et les transferts ; le compte capital et financier enregistre les transferts de capital et les opérations sur actifs et passifs financiers, classées en investissements directs, de portefeuille et autres (Statistique Canada, p. 112-118). Chaque opération y est inscrite deux fois : « each transaction consists of two entries, a credit entry and a debit entry, of equal value » (Banque du Japon, p. 43). Ainsi, quand un pays exporte des voitures pour 80, il inscrit un crédit de 80 en biens au compte courant, et un débit de 80 au compte financier, puisque les devises reçues augmentent ses actifs (p. 43-44). Il en découle une identité : le solde courant, plus le solde du compte de capital, moins le solde du compte financier, plus les erreurs et omissions, égale zéro (p. 44). Statistique Canada dit la même chose avec sa propre convention de signe : un surplus ou un déficit courant « doit correspondre à une sortie ou à une entrée de fonds équivalente au compte capital et financier. Autrement dit, l'addition des deux comptes doit donner zéro » (p. 112). Dans la pratique, les sources ne concordent jamais exactement, et la divergence statistique comble l'écart (p. 112, 119). La balance n'est donc jamais « déséquilibrée » : parler d'un déficit, c'est toujours parler d'un compte particulier.

IIC'est la composition des soldes qui a un sens. D'abord, le solde courant mesure une dépendance : un déficit indique « jusqu'à quel point le Canada compte sur les ressources du reste du monde pour la consommation courante et l'investissement », un surplus jusqu'à quel point il en fournit (Statistique Canada, p. 112). Ensuite, ces flux s'accumulent en stock. Le bilan des investissements internationaux donne la valeur des actifs et des passifs extérieurs en fin d'année (p. 63), et « l'accumulation au fil du temps du compte courant est équivalente au bilan net des investissements internationaux » (p. 65), aux effets d'évaluation près, comme le taux de change (p. 64-65). Le constat historique pour le Canada est net : « Le Canada a été et est encore un débiteur net avec l'étranger » (p. 66), et cet écart « équivaut à la partie de l'économie canadienne attribuable au reste du monde » (p. 66). La distinction entre investissement direct et investissement de portefeuille prend alors un sens politique : au-delà de 10 % des actions avec droit de vote, l'investisseur étranger exerce une influence durable sur la gestion d'une entreprise canadienne (p. 66-67), ce qui pose la question de la souveraineté économique. La lecture des soldes est enfin un enjeu de doctrine. Pour le mercantiliste, l'excédent est puissance ; pour le libéral, il s'ajuste de lui-même ; Keynes, cité par Deyon, voyait au contraire dans l'étalon-or, où la monnaie dépend de la balance, le système « le plus efficace » pour « dresser les intérêts des différentes nations les unes contre les autres » (Deyon, p. 87). Quant à la « compétitivité » souvent invoquée pour expliquer les déficits, Hatem montre qu'elle est mesurée par des indices dont le choix des indicateurs « peut révéler des a priori idéologiques » (Hatem, p. 44), au point que la France y est classée du 10e au 62e rang (p. 42).

ConclusionLa balance des paiements est toujours équilibrée parce qu'elle est un document comptable en partie double. Mais elle n'est pas neutre : la répartition des soldes entre compte courant et compte financier dit qui finance qui, et le bilan des investissements dit qui possède quoi. Le Canada, débiteur net de longue date, l'illustre. Ces chiffres prolongent le vieux débat entre mercantilistes et libéraux, et ils sont au cœur des tensions actuelles entre pays excédentaires et pays déficitaires.