Question possible : « Qu'est-ce que la balance des paiements ? Pourquoi est-elle toujours équilibrée, et que révèle-t-elle de la place d'un pays dans l'économie mondiale ? »
Voir EPI-03 et la réponse modèle plus bas.
Question possible : « L'étalon-or international (1870-1914) : mythe ou réalité d'un système autorégulateur ? »
Voir EPI-04.
Question possible : « Expliquez la critique qu'Adam Smith adresse au système mercantile. En quoi fonde-t-elle le libéralisme économique international, et quelles en sont les limites ? »
Question possible : « La mondialisation a-t-elle rendu caduc le concept d'impérialisme ? »
Le plan détaillé est dans EPI-05 : les classiques et le débat Lénine-Kautsky ; le capital financier mondial (Duménil et Lévy, p. 92-94) ; la classe transnationale de Sklair et ses limites (Azzolini, p. 30-39) ; une hiérarchie atlantique (Duménil et Lévy, p. 95-99) ; les rivalités qui persistent (p. 99-105) ; conclusion : un impérialisme renouvelé.
Environ trois pages et demie à l'écrit. Lisez-la, repérez où chaque citation se trouve dans votre recueil, puis écrivez votre propre version sans la regarder.
IntroductionLa balance des paiements est le document statistique qui « fournit des informations sur les opérations économiques du pays conclues avec les non-résidents » ; elle se divise entre le compte courant et le compte capital et financier (Statistique Canada, p. 112). L'idée de mesurer ce qu'un pays vend et achète au reste du monde est ancienne : c'est la « balance du commerce » des mercantilistes, qui cherchaient un excédent des exportations pour attirer les métaux précieux « indispensables à la prospérité de la nation et à la puissance de l'Etat » (Deyon, p. 88). La question est donc double. Techniquement, pourquoi la balance est-elle toujours équilibrée ? Politiquement, que nous dit-elle du rang d'un pays dans l'économie mondiale ? On montrera qu'elle est équilibrée par construction, mais que la composition de ses soldes révèle des rapports de financement et de propriété qui sont des rapports de pouvoir.
ILa balance des paiements repose sur une comptabilité en partie double. Le compte courant enregistre les biens, les services, les revenus de placements et les transferts ; le compte capital et financier enregistre les transferts de capital et les opérations sur actifs et passifs financiers, classées en investissements directs, de portefeuille et autres (Statistique Canada, p. 112-118). Chaque opération y est inscrite deux fois : « each transaction consists of two entries, a credit entry and a debit entry, of equal value » (Banque du Japon, p. 43). Ainsi, quand un pays exporte des voitures pour 80, il inscrit un crédit de 80 en biens au compte courant, et un débit de 80 au compte financier, puisque les devises reçues augmentent ses actifs (p. 43-44). Il en découle une identité : le solde courant, plus le solde du compte de capital, moins le solde du compte financier, plus les erreurs et omissions, égale zéro (p. 44). Statistique Canada dit la même chose avec sa propre convention de signe : un surplus ou un déficit courant « doit correspondre à une sortie ou à une entrée de fonds équivalente au compte capital et financier. Autrement dit, l'addition des deux comptes doit donner zéro » (p. 112). Dans la pratique, les sources ne concordent jamais exactement, et la divergence statistique comble l'écart (p. 112, 119). La balance n'est donc jamais « déséquilibrée » : parler d'un déficit, c'est toujours parler d'un compte particulier.
IIC'est la composition des soldes qui a un sens. D'abord, le solde courant mesure une dépendance : un déficit indique « jusqu'à quel point le Canada compte sur les ressources du reste du monde pour la consommation courante et l'investissement », un surplus jusqu'à quel point il en fournit (Statistique Canada, p. 112). Ensuite, ces flux s'accumulent en stock. Le bilan des investissements internationaux donne la valeur des actifs et des passifs extérieurs en fin d'année (p. 63), et « l'accumulation au fil du temps du compte courant est équivalente au bilan net des investissements internationaux » (p. 65), aux effets d'évaluation près, comme le taux de change (p. 64-65). Le constat historique pour le Canada est net : « Le Canada a été et est encore un débiteur net avec l'étranger » (p. 66), et cet écart « équivaut à la partie de l'économie canadienne attribuable au reste du monde » (p. 66). La distinction entre investissement direct et investissement de portefeuille prend alors un sens politique : au-delà de 10 % des actions avec droit de vote, l'investisseur étranger exerce une influence durable sur la gestion d'une entreprise canadienne (p. 66-67), ce qui pose la question de la souveraineté économique. La lecture des soldes est enfin un enjeu de doctrine. Pour le mercantiliste, l'excédent est puissance ; pour le libéral, il s'ajuste de lui-même ; Keynes, cité par Deyon, voyait au contraire dans l'étalon-or, où la monnaie dépend de la balance, le système « le plus efficace » pour « dresser les intérêts des différentes nations les unes contre les autres » (Deyon, p. 87). Quant à la « compétitivité » souvent invoquée pour expliquer les déficits, Hatem montre qu'elle est mesurée par des indices dont le choix des indicateurs « peut révéler des a priori idéologiques » (Hatem, p. 44), au point que la France y est classée du 10e au 62e rang (p. 42).
ConclusionLa balance des paiements est toujours équilibrée parce qu'elle est un document comptable en partie double. Mais elle n'est pas neutre : la répartition des soldes entre compte courant et compte financier dit qui finance qui, et le bilan des investissements dit qui possède quoi. Le Canada, débiteur net de longue date, l'illustre. Ces chiffres prolongent le vieux débat entre mercantilistes et libéraux, et ils sont au cœur des tensions actuelles entre pays excédentaires et pays déficitaires.