POL 4470 · Économie politique des relations internationales · Partie I · 15 octobre

EPI-05 : Marxisme et impérialisme

les théories classiques · Duménil et Lévy (2016) · Azzolini (2016)Hobsbawm et Klein-Pettis : recueil seulement
Ce qui vient d'où

Les deux lectures principales de la séance, Hobsbawm (L'ère des empires, ch. 3) et Klein et Pettis (Trade Wars are Class Wars, p. 1-7), sont dans le recueil papier, pas sur le Moodle. Les deux lectures complémentaires, Duménil et Lévy et Azzolini, ont été lues pour ces notes : leurs pages sont fiables. Elles ne nomment aucun des théoriciens classiques de l'impérialisme ; les sections sur Hobson, Lénine ou Kautsky sont donc marquées hors recueil.

L'essentiel du chapitre

L'ère des empires hors recueil

Le chapitre de Hobsbawm couvre la période 1875-1914. Les faits à connaître :

Avant 1875, le Royaume-Uni dominait déjà par un empire « informel » : le libre-échange, la City et la marine suffisaient, sans conquête formelle (Gallagher et Robinson, « l'impérialisme du libre-échange », 1953). Duménil et Lévy emploient la même idée pour aujourd'hui : un « impérialisme "informel" » (p. 100).

Les théories classiques de l'impérialisme hors recueil

Hobson, Imperialism (1902)
Un libéral anglais, pas un marxiste. Les inégalités font que les ouvriers ne peuvent pas acheter tout ce qu'ils produisent (sous-consommation), et les riches épargnent trop. Les capitaux excédentaires cherchent des placements à l'étranger, et l'État les suit avec ses armées. Remède : redistribuer, pour que le marché intérieur absorbe la production. Klein et Pettis, dans le recueil, reprennent cette logique pour aujourd'hui : les inégalités internes créent des excédents commerciaux, qui deviennent des conflits entre pays (voir plus bas).
Hilferding, Le capital financier (1910)
Les banques et l'industrie fusionnent : le capital financier. Il veut des marchés protégés et un État fort pour les conquérir.
Luxemburg, L'accumulation du capital (1913)
Le capitalisme a besoin d'espaces non capitalistes pour réaliser sa plus-value. Quand ils seront tous absorbés, il butera sur ses limites.
Lénine, L'impérialisme, stade suprême du capitalisme (1916)
Cinq traits : la concentration en monopoles ; la fusion du capital bancaire et industriel (Hilferding) ; l'exportation des capitaux, plus importante que celle des marchandises ; le partage du monde entre trusts internationaux ; et le partage territorial achevé entre grandes puissances. Le monde étant partagé, toute croissance inégale entraîne un repartage par la guerre : la Première Guerre mondiale est une guerre impérialiste.
Kautsky, l'ultra-impérialisme (1914)
Les capitalistes de tous les pays pourraient comprendre que la guerre les ruine, et s'entendre pour exploiter le monde ensemble, en cartel. Lénine le combat violemment.
La question qui traverse le siècle

Le capital mondialisé s'unifie-t-il au-dessus des États (Kautsky), ou reste-t-il attaché à des États rivaux (Lénine) ? Les deux textes du Moodle posent exactement cette question pour le XXIe siècle. Duménil et Lévy l'écrivent : la problématique de la « fusion au sommet » entre en contradiction avec « la permanence des rivalités internationales » (p. 90).

Duménil et Lévy : l'impérialisme possède un centre

Gérard Duménil et Dominique Lévy, « Classes supérieures de tous les pays unissez-vous sous une bannière impériale ! », Actuel Marx, n° 60, 2016, p. 90-105. Le titre pastiche la fin du Manifeste de Marx et Engels.

Thèse. La mondialisation financière néolibérale a créé un réseau mondial de propriété et de contrôle, qui pourrait faire naître des classes supérieures mondiales. Mais ce réseau a un centre, les États-Unis et l'Atlantique Nord, et il n'efface pas les rivalités : « la mondialisation est impérialiste et l'impérialisme possède un centre » (p. 99). « L'impérialisme n'a fait guère plus que renouveler ses formes » (p. 90).

1. Un cœur financier (p. 91-95). D'après une étude de 43 000 sociétés transnationales (Vitali, Glattfelder et Battiston, 2011), un « cœur » de 1 318 institutions financières, qui se possèdent entre elles, contrôle le système productif. Une « super-entité » de 147 sociétés contrôle 40 % de la valeur des transnationales, et 45 des 50 plus grands contrôleurs sont des sociétés financières (p. 92-94). Ce ne sont pas des capitalistes individuels qui dirigent : « ce sont les cadres des sommets des hiérarchies des institutions financières qui mènent la danse » (p. 94), et « les fonds spéculatifs sont la police de ce système disciplinaire » (p. 94).

2. Des communautés nationales et une hiérarchie (p. 95-99). Les sous-réseaux de propriété se définissent par leur géographie, pas par leur secteur (p. 95). Sur 45 grands contrôleurs financiers, 24 sont états-uniens et 8 britanniques ; le Royaume-Uni sert de « courroie de transmission » vers l'Europe, et l'ensemble forme la communauté de l'« Atlantique Nord » (p. 95-96). Les grands patrons restent nationaux (p. 97-98). On reconnaît là « les dominations impérialistes familières » (p. 99).

3. Patries et patrimoines (p. 99-102). Les classes supérieures restent attachées à leur État, qui garantit leurs droits, y compris par l'armée. « Les hiérarchies internationales sont toujours aussi importantes et les volontés de domination ne se sont en rien amoindries dans le contexte d'un impérialisme "informel" » (p. 99-100). « La prééminence des institutions anglo-saxonnes manifeste la permanence des structures impériales aux plans financier et monétaire mais aussi strictement politique » (p. 100). Mais l'hégémonie américaine s'use : « Les États-Unis, son État et ses classes supérieures, sont pénétrés de la conscience de l'amenuisement graduel de l'hégémonie internationale du pays » (p. 100). Son déficit commercial (environ 5 % du PIB avant 2008) est financé par des achats étrangers d'actions américaines (p. 101) : un lien direct avec la balance des paiements.

4. Des classes supérieures mondialisées ? (p. 102-105). Les « classes supérieures » réunissent capitalistes et cadres. Les cadres de la finance sont « les principaux vecteurs de la constitution de classes supérieures mondiales, pour l'heure, sous hégémonie états-unienne » (p. 105). Mais l'unification « ne gomme pas les rivalités territoriales impérialistes » (p. 105). Les unifications passées se sont faites autour d'un État dominant (l'Angleterre, la Prusse, le Piémont) : « l'histoire pourrait se répéter » (p. 102), sous la forme d'un « État transatlantique » (p. 105).

Azzolini : une classe dominante mondiale ?

Giulio Azzolini, « Sur la nouvelle classe capitaliste, transnationale et dominante ? », Actuel Marx, n° 60, 2016, p. 28-42.

Thèse. Azzolini présente la thèse de Leslie Sklair (The Transnational Capitalist Class, 2001), puis la soumet à quatre questions. Il conclut que si la classe est atlantique plutôt que mondiale, nous vivons « un énième chapitre de l'histoire impérialiste » (p. 39), et que cette classe est « non-dirigeante mais uniquement dominante » (p. 41).

La thèse de Sklair (p. 28-32). La mondialisation a été guidée par une classe capitaliste transnationale, née de « pratiques transnationales » : investissements à l'étranger et postes d'administrateurs croisés, décisifs « notamment dans les rapports entre industries et banques » (p. 30). Elle a quatre composantes (entrepreneuriale, étatique, technique, consumériste) et ses membres vont « de Los Angeles à Moscou, de Mexico à Beijing » (p. 30-31).

Quatre questions.

  1. Une ou plusieurs classes globales ? Sassen voit trois classes globales : les capitalistes, les réseaux de fonctionnaires, et les travailleurs désavantagés et militants (p. 32-34).
  2. Qui en fait partie ? Gallino distingue les capitalistes des élites politiques, dont les intérêts varient et qui ont parfois contrôlé le capital (p. 36-38).
  3. Capital transnational ou atlantique ? Pour van der Pijl, la classe n'est globale qu'en apparence : « l'Occident libéral demeure le pivot de la classe dominante (ruling class) qui continue à avoir pour épicentre la zone atlantique » (cité p. 38). Si Sklair a raison, « il serait vain de rechercher, de craindre ou d'attendre un nouveau sujet hégémonique » ; si van der Pijl a raison, « la globalisation coïncide en substance avec l'occidentalisation du monde » (p. 39).
  4. Que veut dire « dominante » ? Le pouvoir des entreprises globales est surtout structurel : elles font « chanter les gouvernements » par la dette publique, les agences de notation, le regime shopping et les paradis fiscaux, d'où « une course au rabais dans laquelle tous les États perdent des ressources » (p. 40). Avec Gramsci, « il peut y avoir domination sans direction, mais jamais direction sans domination » : la classe transnationale domine sans hégémonie, sans consentement, ce qui annonce des conflits (p. 41).

Les deux textes se répondent : Azzolini cite Duménil et Lévy (notes 19 et 42), et les deux s'appuient sur van der Pijl.

Klein et Pettis : les guerres commerciales sont des guerres de classes hors recueil

L'introduction de Trade Wars are Class Wars (2020) relie ce chapitre à la balance des paiements. Dans les pays où les salaires sont comprimés et les inégalités fortes (la Chine, l'Allemagne), les ménages consomment peu et le pays épargne plus qu'il n'investit. L'excédent part à l'étranger sous forme d'exportations nettes et de capitaux, et d'autres pays (les États-Unis surtout) doivent absorber ce surplus par des déficits, de la dette ou du chômage. Les tensions commerciales entre pays sont donc d'abord des conflits de répartition à l'intérieur des pays. C'est l'argument de Hobson, transposé au XXIe siècle. Vérifiez dans le recueil les formulations et les pages.

Un plan de réponse

« La mondialisation a-t-elle rendu caduc le concept d'impérialisme ? »
  1. Introduction. L'impérialisme selon les classiques (Hobson, Hilferding, Lénine) ; le débat Lénine-Kautsky ; la question : unification au sommet ou rivalités ?
  2. Ce qui a changé : un capital financier mondial. Le cœur de 1 318 institutions ; les cadres qui « mènent la danse » ; les fonds spéculatifs comme police (Duménil et Lévy, p. 92-94). Les pratiques transnationales de Sklair (Azzolini, p. 30). C'est le capital financier de Hilferding à l'échelle mondiale.
  3. La thèse de l'unification (proche de Kautsky) : la classe capitaliste transnationale de Sklair, plus de « sujet hégémonique » (Azzolini, p. 39). Ses limites : Sassen, Gallino (p. 32-38) ; une solidarité « passive » des détenteurs de capitaux (Duménil et Lévy, p. 104).
  4. La réalité : une hiérarchie atlantique. Les communautés nationales, 24 contrôleurs états-uniens sur 45 (Duménil et Lévy, p. 95-96) ; van der Pijl (Azzolini, p. 38) ; « la mondialisation est impérialiste et l'impérialisme possède un centre » (p. 99).
  5. Les rivalités persistent (proche de Lénine) : les États protègent leurs classes supérieures, l'hégémonie américaine s'use, la Chine monte (Duménil et Lévy, p. 99-101, 105) ; domination sans hégémonie (Azzolini, p. 41) ; les conflits commerciaux comme conflits de classes (Klein et Pettis).
  6. Conclusion. Ni Kautsky ni Lénine n'ont entièrement raison : une intégration réelle, mais hiérarchisée et centrée. « L'impérialisme n'a fait guère plus que renouveler ses formes » (Duménil et Lévy, p. 90) ; « un énième chapitre de l'histoire impérialiste, bien que revu et corrigé » (Azzolini, p. 39). Ouverture : l'empire informel britannique du XIXe siècle.

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