Les deux lectures principales de la séance, Hobsbawm (L'ère des empires, ch. 3) et Klein et Pettis (Trade Wars are Class Wars, p. 1-7), sont dans le recueil papier, pas sur le Moodle. Les deux lectures complémentaires, Duménil et Lévy et Azzolini, ont été lues pour ces notes : leurs pages sont fiables. Elles ne nomment aucun des théoriciens classiques de l'impérialisme ; les sections sur Hobson, Lénine ou Kautsky sont donc marquées hors recueil.
Le chapitre de Hobsbawm couvre la période 1875-1914. Les faits à connaître :
Avant 1875, le Royaume-Uni dominait déjà par un empire « informel » : le libre-échange, la City et la marine suffisaient, sans conquête formelle (Gallagher et Robinson, « l'impérialisme du libre-échange », 1953). Duménil et Lévy emploient la même idée pour aujourd'hui : un « impérialisme "informel" » (p. 100).
Le capital mondialisé s'unifie-t-il au-dessus des États (Kautsky), ou reste-t-il attaché à des États rivaux (Lénine) ? Les deux textes du Moodle posent exactement cette question pour le XXIe siècle. Duménil et Lévy l'écrivent : la problématique de la « fusion au sommet » entre en contradiction avec « la permanence des rivalités internationales » (p. 90).
Gérard Duménil et Dominique Lévy, « Classes supérieures de tous les pays unissez-vous sous une bannière impériale ! », Actuel Marx, n° 60, 2016, p. 90-105. Le titre pastiche la fin du Manifeste de Marx et Engels.
Thèse. La mondialisation financière néolibérale a créé un réseau mondial de propriété et de contrôle, qui pourrait faire naître des classes supérieures mondiales. Mais ce réseau a un centre, les États-Unis et l'Atlantique Nord, et il n'efface pas les rivalités : « la mondialisation est impérialiste et l'impérialisme possède un centre » (p. 99). « L'impérialisme n'a fait guère plus que renouveler ses formes » (p. 90).
1. Un cœur financier (p. 91-95). D'après une étude de 43 000 sociétés transnationales (Vitali, Glattfelder et Battiston, 2011), un « cœur » de 1 318 institutions financières, qui se possèdent entre elles, contrôle le système productif. Une « super-entité » de 147 sociétés contrôle 40 % de la valeur des transnationales, et 45 des 50 plus grands contrôleurs sont des sociétés financières (p. 92-94). Ce ne sont pas des capitalistes individuels qui dirigent : « ce sont les cadres des sommets des hiérarchies des institutions financières qui mènent la danse » (p. 94), et « les fonds spéculatifs sont la police de ce système disciplinaire » (p. 94).
2. Des communautés nationales et une hiérarchie (p. 95-99). Les sous-réseaux de propriété se définissent par leur géographie, pas par leur secteur (p. 95). Sur 45 grands contrôleurs financiers, 24 sont états-uniens et 8 britanniques ; le Royaume-Uni sert de « courroie de transmission » vers l'Europe, et l'ensemble forme la communauté de l'« Atlantique Nord » (p. 95-96). Les grands patrons restent nationaux (p. 97-98). On reconnaît là « les dominations impérialistes familières » (p. 99).
3. Patries et patrimoines (p. 99-102). Les classes supérieures restent attachées à leur État, qui garantit leurs droits, y compris par l'armée. « Les hiérarchies internationales sont toujours aussi importantes et les volontés de domination ne se sont en rien amoindries dans le contexte d'un impérialisme "informel" » (p. 99-100). « La prééminence des institutions anglo-saxonnes manifeste la permanence des structures impériales aux plans financier et monétaire mais aussi strictement politique » (p. 100). Mais l'hégémonie américaine s'use : « Les États-Unis, son État et ses classes supérieures, sont pénétrés de la conscience de l'amenuisement graduel de l'hégémonie internationale du pays » (p. 100). Son déficit commercial (environ 5 % du PIB avant 2008) est financé par des achats étrangers d'actions américaines (p. 101) : un lien direct avec la balance des paiements.
4. Des classes supérieures mondialisées ? (p. 102-105). Les « classes supérieures » réunissent capitalistes et cadres. Les cadres de la finance sont « les principaux vecteurs de la constitution de classes supérieures mondiales, pour l'heure, sous hégémonie états-unienne » (p. 105). Mais l'unification « ne gomme pas les rivalités territoriales impérialistes » (p. 105). Les unifications passées se sont faites autour d'un État dominant (l'Angleterre, la Prusse, le Piémont) : « l'histoire pourrait se répéter » (p. 102), sous la forme d'un « État transatlantique » (p. 105).
Giulio Azzolini, « Sur la nouvelle classe capitaliste, transnationale et dominante ? », Actuel Marx, n° 60, 2016, p. 28-42.
Thèse. Azzolini présente la thèse de Leslie Sklair (The Transnational Capitalist Class, 2001), puis la soumet à quatre questions. Il conclut que si la classe est atlantique plutôt que mondiale, nous vivons « un énième chapitre de l'histoire impérialiste » (p. 39), et que cette classe est « non-dirigeante mais uniquement dominante » (p. 41).
La thèse de Sklair (p. 28-32). La mondialisation a été guidée par une classe capitaliste transnationale, née de « pratiques transnationales » : investissements à l'étranger et postes d'administrateurs croisés, décisifs « notamment dans les rapports entre industries et banques » (p. 30). Elle a quatre composantes (entrepreneuriale, étatique, technique, consumériste) et ses membres vont « de Los Angeles à Moscou, de Mexico à Beijing » (p. 30-31).
Quatre questions.
Les deux textes se répondent : Azzolini cite Duménil et Lévy (notes 19 et 42), et les deux s'appuient sur van der Pijl.
L'introduction de Trade Wars are Class Wars (2020) relie ce chapitre à la balance des paiements. Dans les pays où les salaires sont comprimés et les inégalités fortes (la Chine, l'Allemagne), les ménages consomment peu et le pays épargne plus qu'il n'investit. L'excédent part à l'étranger sous forme d'exportations nettes et de capitaux, et d'autres pays (les États-Unis surtout) doivent absorber ce surplus par des déficits, de la dette ou du chômage. Les tensions commerciales entre pays sont donc d'abord des conflits de répartition à l'intérieur des pays. C'est l'argument de Hobson, transposé au XXIe siècle. Vérifiez dans le recueil les formulations et les pages.