POL 5930 · L'État canadien et peuples autochtones · Semaine 4 · 29 septembre · conférencière : Nawel Hamidi

POL-04 : Les relations des traités

matière de la mi-sessionCBJNQ et Kitsumkalum comparés
L'essentiel du chapitre

Un nouveau paradigme : de Calder aux traités modernes

La politique fédérale des revendications globales

Un groupe autochtone doit déposer une déclaration d'intention prouvant trois choses : (1) que ses droits n'ont jamais été éteints ; (2) qu'il a occupé et utilisé historiquement le territoire, à l'exclusion d'autres groupes ; (3) qu'il forme un groupe clairement identifiable. Remarquez ce que ces critères exigent : rendre la société autochtone lisible pour l'État, avec des frontières exclusives et une identité délimitée. C'est la thèse de Nadasdy.

Christopher Alcantara (Western University) relève deux limites du processus : un champ de questions défini par la Couronne, et l'exigence d'une liste complète, certaine et définitive de tous les droits et de toutes les terres, actuels et futurs. Il identifie quatre facteurs corrélés à la conclusion d'un accord : des objectifs compatibles avec ceux des gouvernements, peu de tactiques de confrontation, la cohésion du groupe autochtone, et une perception favorable du groupe par le gouvernement. Lecture critique : les groupes qui obtiennent un traité sont ceux qui demandent ce que l'État veut bien donner.

CBJNQ : les catégories de terres (question type de QCM donnée en classe)

CatégorieStatutDroits autochtones
ITerres réservées à l'usage et au bénéfice exclusifs des communautés (Cris, Inuit, Naskapis)Contrôle local (administration par la communauté et le conseil de bande)
IITerres publiques provincialesDroits exclusifs de chasse, de pêche et de piégeage
IIITerres publiques provincialesDroits de récolte traditionnels maintenus, mais les ressources (mines, forêts, énergie) relèvent surtout de Québec et des instances régionales

Pour la question type « Quelles caractéristiques correspondent aux terres de catégorie II ? », la bonne réponse est b) droits exclusifs de récolte pour les Inuit et les Cris.

Actualité : le projet de loi C-39

La Loi visant à bâtir un Canada fort transfère l'examen des projets de l'Agence d'évaluation d'impact à la Régie de l'énergie, avec des délais d'un an, au nom de la concurrence économique (la « guerre commerciale »). Cindy Woodhouse Nepinak, cheffe nationale de l'APN, dénonce une atteinte aux droits autochtones. Le titre de la diapo résume l'enjeu : guerre commerciale > droits autochtones. C'est un bon exemple contemporain pour une conclusion d'examen.

Questions de discussion sur les lectures

Mills (2016)

Résumez son argument sur les traités : quel rôle jouent-ils ? Sur quelle source s'appuie-t-il principalement ? Que pense-t-il du contrat social ?

Nadasdy (2017)

En quoi la « souveraineté » est-elle un moteur de changement culturel ? Comment les traités modernes renforcent-ils les rapports de pouvoir coloniaux ?

Les réponses sont dans les résumés de lectures de la semaine 3.

La boîte à outils de l'atelier : analyse critique du discours

Morchid (2025) propose quatre opérations :

Topicalisation
Qu'est-ce qui est mis en avant, en arrière-plan, ou omis ?
Lexicalisation
Que révèle le choix des mots sur la perspective et l'évaluation ? Par exemple « cession » ou « partage », « droits définis » ou « droits inhérents ».
Métaphore
Comment le cadrage figuré oriente-t-il la compréhension ? Par exemple un « accord vivant », un « nouveau départ ».
Intertextualité
Quelles voix, quels textes ou discours sont inclus ou exclus ? Par exemple la Constitution, la Loi sur les Indiens, les Aînés, la DNUDPA.
La question de l'atelier, à réutiliser pour tout document

Comment ce texte construit-il et rend-il « lisible » la société autochtone pour l'État ? Regardez les frontières, les institutions, les conceptions de l'espace et du temps, et la définition des droits, responsabilités et appartenances.

Questions de travail : quels présupposés sur l'espace, le temps, le savoir et la socialité ? Quelles frontières sont créées ou tenues pour acquises ? Quelles institutions sont au premier plan, et lesquelles en arrière-plan ? Quelles métaphores ? Quelles autres voix ? Le passé, le présent ou l'avenir ? Qu'est-ce qui est rendu certain, et qu'est-ce qui reste incertain ? Qui est inclus ou exclu de la communauté politique ? Les droits sont-ils délégués ou inhérents ? Comment Hamidi, Mills ou Nadasdy éclairent-ils ma lecture ?

Documents de l'atelier : deux préambules comparés

Les consignes de l'atelier demandaient 600 à 800 mots (le plan de cours disait 750). Il fallait nommer le traité, les signataires et l'année, puis répondre à la question de la lisibilité en mobilisant Hamidi (les clauses de certitude), Mills et/ou Nadasdy. Les deux préambules ci-dessous sont l'illustration parfaite du passage de l'extinction à la reconnaissance, et de ce qui ne change pas. C'est un sujet d'examen tout trouvé.

Le préambule de la CBJNQ (11 novembre 1975)

Signataires : Grand Conseil des Cris (du Québec), Northern Quebec Inuit Association, gouvernement du Québec, Société d'énergie de la Baie James, Société de développement de la Baie James, Hydro-Québec, Canada · approuvée par des lois québécoise (1976) et fédérale (1977)

Clause (résumée)DiscoursCe qu'elle fait implicitement
Les parties. Les peuples sont représentés par des « corporations » et des bandes ; trois sociétés d'État de développement signent aussi.Juridico-corporatifLes Cris et les Inuit deviennent lisibles comme corporations et bandes, catégories de l'État, et sont nommés par la géographie de l'État (« du Québec »). Les promoteurs siègent au même rang que des peuples : le développement est cosignataire.
1. Le Québec doit organiser, réorganiser et développer de façon planifiée les régions définies par ses lois de 1898 et 1912.Administratif, développementalisteLe territoire n'existe qu'à partir des lois de frontières coloniales, sans aucune présence antérieure. « Réorganisation » laisse entendre qu'il n'y avait pas d'ordre légitime auparavant. Le texte est tourné vers l'avenir planifié.
2. Le Québec a des obligations envers les « autochtones habitant » ce « Territoire ».Obligation juridique, paternalisteLes Autochtones sont des habitants, pas des nations qui gouvernent. « Territoire », avec majuscule, est un terme défini : l'espace devient une catégorie juridique. Les droits sont pensés comme des créances, pas comme des compétences.
3. Le Québec veut maintenant « s'acquitter pleinement » de ses obligations ; les Cris et les Inuit ont consenti à une entente de principe.Contractuel, consensuel« S'acquitter », c'est solder une dette une fois pour toutes : une temporalité de clôture. Le consentement est affirmé, mais rien n'est dit de ses conditions (le chantier était en cours et l'injonction avait été renversée).
4. Elle fixe les conditions de la cession des droits « évoqués » dans les lois de 1912.Droit des biensLe paradoxe de la reconnaissance : les droits ne sont reconnus que pour être cédés, et ils sont définis par une loi coloniale, pas par le droit cri ou inuit. C'est la certitude par extinction.
5. Le Canada et le Québec recommandent au Parlement et à l'Assemblée nationale d'amender les lois.Souveraineté parlementaireLes peuples autochtones sont absents comme législateurs. Leurs droits sont transformés par des parlements coloniaux.
6. La SEBJ, la SDBJ et Hydro-Québec « ont avantage » à développer le Territoire et ont pris des engagements.Intérêt économiqueC'est l'aveu du moteur réel, l'hydroélectricité. Le territoire y est une ressource, et l'intérêt des sociétés d'État est légitime par lui-même.
7. Recommandation que la Convention soit approuvée et mise en vigueur par une législation appropriée.Formalisme légalLa validité vient de l'État ; la ratification autochtone est invisible dans le préambule.

Bilan. Passé : absent, la seule histoire est celle des lois de frontières. Présent : une obligation à solder. Avenir : le développement. Ce qui est rendu certain : la cession et le droit de développer. Ce qui reste incertain : le contenu effectif des engagements, comme le montre la mise en œuvre décevante. Les Autochtones sont lisibles comme bénéficiaires, corporations et usagers, pas comme souverains. C'est l'héritage direct de l'« habitant » sans souveraineté décrit par Larochelle.

Pour mémoire (connaissance générale) : la clause d'extinction est à l'art. 2.1 (les Cris et les Inuit « cèdent, renoncent, abandonnent et transportent » leurs droits), et la loi fédérale les éteint (art. 2.6). L'indemnité est d'environ 225 M$. Les institutions créées sont l'Administration régionale crie, la Commission scolaire crie, le Conseil cri de la santé, l'Administration régionale Kativik, la Commission scolaire Kativik, la Société Makivik, le programme de sécurité du revenu des chasseurs cris et les comités environnementaux. Les Naskapis signent en 1978 (Convention du Nord-Est québécois).

Kitsumkalum Treaty: A Living Agreement (version de ratification, juillet 2025)

Kitsumkalum (Tsimshian, bas de la Skeena, C.-B.), Canada, Colombie-Britannique · processus de la Commission des traités de la C.-B. · 32 chapitres

Préambule, en substance : (A) Kitsumkalum a utilisé, occupé et gouverné son territoire « since time immemorial » ; (B) l'art. 35 et les tribunaux (connaissance générale : Delgamuukw, Tsilhqot'in) reconnaissent le titre ; (C) Kitsumkalum a des droits existants, dont le titre et le droit inhérent à l'autonomie gouvernementale ; (D-E) le Canada et la C.-B. reconnaissent le droit inhérent à l'autodétermination, en six éléments, dans le vocabulaire de la DNUDPA ; (F) la réconciliation entre la présence antérieure et la souveraineté affirmée de la Couronne passe mieux par la négociation que par les procès ; (G) on choisit la reconnaissance et l'exercice continu des droits « rather than » leur extinction ; (H) l'identité tsimshian, la langue sm'algyax et le lien à la Skeena ; (J) huit objectifs, dont une relation « flexible et destinée à évoluer » et la « flexibilité, clarté et prévisibilité » des droits ; (K-L) les traités sont « parmi les plus hautes formes de réconciliation » et font avancer la DNUDPA.

Le dispositif derrière le préambule :

CBJNQ (1975)Kitsumkalum (2025)
Fondement invoquéLes obligations de la loi de 1912Une présence immémoriale, l'art. 35, la DNUDPA
DroitsCession et extinction« Reconnaissance et exercice continu », non-affirmation et libération
TempsSolder une dette (clôture)Relation vivante, renouvellement aux 10 ans
AutonomieAdministrations créées par la loiDroit inhérent, mais une Constitution au contenu imposé
SignatairesInclut des sociétés de développementTrois gouvernements
TerresCatégories I/II/III ; le tréfonds de la catégorie I reste au QuébecFief simple et sous-sol à Kitsumkalum
Ce que Mills et Nadasdy diraient de Kitsumkalum

Mills : le vocabulaire « living agreement » et le renouvellement périodique se rapprochent du traité-relation. Mais l'architecture reste contractuelle : des droits exerçables énumérés et la libération de l'État, autrement dit des treaty rights plutôt qu'une treaty relationship. Nadasdy : c'est un cas d'école de la formation d'un État des Premières Nations, avec propriété en fief simple, registre foncier, Constitution électorale obligatoire, citoyenneté codifiée et hérédité reléguée au facultatif. La nation est reconnue à condition de devenir lisible comme un petit État.

Grille réutilisable d'analyse d'une clause (pour l'atelier du 10 novembre aussi)
  1. Repérer le verbe principal (« reconnaît », « désire », « a avantage ») et le sujet : qui agit, qui est objet ?
  2. Paraphraser la clause en une phrase.
  3. Quel discours ? Juridique, administratif, propriétaire, de réconciliation, international, identitaire, économique.
  4. L'explicite et l'implicite : qu'est-ce qui est présupposé ou tu (la souveraineté de la Couronne, la présence antérieure, les conditions du consentement) ?
  5. L'espace : quelles frontières ? Est-il propriété, juridiction ou relation ?
  6. Le temps : passé immémorial ou colonial ? Clôture ou relation continue ?
  7. Le savoir et les voix : qui fait autorité (lois, tribunaux, DNUDPA, Aînés, Adawx) ? La voix autochtone parle-t-elle elle-même ?
  8. La lisibilité : en quelles catégories de l'État la société est-elle traduite (bande, corporation, citoyens, gouvernement élu) ?
  9. Les droits : inhérents ou délégués ? Reconnus, cédés, éteints, « exerçables » ? Qu'est-ce qui devient certain, et pour qui ?
  10. L'appartenance : qui est inclus ou exclu ?
  11. Les figures de style : métaphores, euphémismes (« s'acquitter »), termes définis à majuscule, oppositions en « plutôt que ».
  12. Les effets sur la relation : asymétrie, dépendance financière, recours, capacité d'évoluer.
  13. Brancher la théorie : Hamidi (certitude), Mills (relation ou contrat), Nadasdy (forme étatique), Larochelle (l'Autochtone hors du temps).

Testez-vous

Répondez à voix haute ou par écrit avant d'ouvrir la réponse : c'est le rappel actif que recommande le professeur.

Quelles sont les trois conditions d'une revendication globale ?

Des droits jamais éteints ; une occupation et une utilisation historiques du territoire à l'exclusion d'autres groupes ; un groupe autochtone clairement identifiable.

Quelles caractéristiques correspondent aux terres de catégorie II ?

Ce sont des terres publiques provinciales où les Cris et les Inuit ont des droits exclusifs de chasse, de pêche et de piégeage (réponse b de la question type).

Qu'est-ce que la clause d'extinction de la CBJNQ, et pourquoi a-t-elle divisé ?

Les Cris et les Inuit cèdent leurs droits ancestraux sur le territoire contre les droits et avantages de la Convention. Elle nie l'autonomie gouvernementale, ce qui a divisé les communautés inuit.

Qu'est-ce qui est rendu « certain » dans le préambule de la CBJNQ, et pour qui ?

La cession des droits et le droit de développer le territoire, au profit de l'État et des promoteurs. Le contenu effectif des engagements envers les Cris et les Inuit reste incertain.

En quoi Kitsumkalum diffère-t-il de la CBJNQ, et en quoi lui ressemble-t-il ?

Il en diffère par la reconnaissance de droits inhérents, une relation vivante renouvelée aux 10 ans, l'absence d'extinction formelle et le fief simple. Il lui ressemble parce que seuls les droits écrits sont exerçables, que l'État est libéré de toute réclamation et que la Constitution démocratique est imposée : la certitude est obtenue autrement.

Quels sont les quatre outils de l'ACD selon Morchid ?

La topicalisation (ce qui est mis en avant ou omis), la lexicalisation (le choix des mots), la métaphore (le cadrage figuré) et l'intertextualité (les voix incluses ou exclues).