Retour sur la semaine 1 : patrimoine, culture, authenticité
| Patrimoine | Culture |
| Traditions, monuments et objets hérités, à préserver (UNESCO) | Système vivant de comportements, de valeurs et de pratiques partagés aujourd'hui (UNESCO) |
| Tourné vers le passé, figé, centré sur l'héritage (EUI) | Tourné vers le présent, en évolution constante (EUI) |
| Éléments tangibles et intangibles, choisis et entretenus consciemment comme ancrage identitaire (Gentle 2021) | Normes, langue, habitudes et interactions vécues, apprises et modifiées au quotidien (Gentle 2021) |
Le binaire tradition/modernité est-il utile ? Le cours répond surtout non. Il simplifie à l'excès en enfermant les cultures dans « arriéré » contre « avancé » (Germond-Duret 2015). Tradition et modernité coexistent au quotidien plus qu'elles ne se remplacent (Galland & Yemel 2008). Enfin, présenter les choses comme un passage de la tradition à la modernité cache l'imposition de modèles politiques et économiques dominants (Germond-Duret 2015).
Un sujet non occidental « pur » ? Le piège de l'authenticité : vouloir retrouver une identité précoloniale pure est vain, puisque des siècles de colonisation ont remodelé toutes les réalités (Vieira 2019). La dichotomie de l'agentivité : la recherche réduit souvent les non-Occidentaux à des victimes impuissantes ou à des rebelles spectaculaires, et oublie la vie ordinaire et les modes de pensée locaux (Hobson & Sajed 2017). Entre « silence » et « défiance », il existe tout un éventail de formes d'agentivité : le refus d'être classé, les actes quotidiens, l'adoption de cosmologies autochtones. La leçon : n'idéaliser ni la pureté ni la rébellion.
Exercice en classe : Stella Standingbear (membre inscrite de la nation oglala lakota, Home Runs) comparée à Otyken, un groupe sibérien « tchoulyme » créé par un producteur qui n'est pas d'origine sibérienne. Qui parle pour qui, qui en profite, et qu'est-ce qui rend une représentation « authentique » ?
Discussion sur Néméh-Nombré : quel est l'argument principal ? Que veut-il dire par une « relecture fantasmatique de la logique française d'élimination assimilationniste » et par le « trope de la proximité » ? Voir le résumé de la lecture à la semaine 1.
Positionnalité et réflexivité
- Positionnalité
- La vision du monde sociale et personnelle du chercheur (genre, origine, classe, culture, expériences de vie). Elle influence la conception de l'étude, les interactions avec les participants et l'interprétation des données, d'où l'impossibilité d'une objectivité absolue (Rowe 2014 ; Savin-Baden & Major 2013). Elle comprend la façon dont on se perçoit et dont on est perçu, ainsi que la position de pouvoir ou d'impuissance et de privilège ou de désavantage qu'on occupe.
- Le binaire initié/étranger (insider/outsider) est trop simple
- On peut être étranger culturellement et initié professionnellement (Katyal & King 2014). L'appartenance varie au fil de la vie et de la recherche (Hellawell 2006). La positionnalité est une « identité liquide », fluide et contextuelle (Thomson & Gunter 2010). Les positions de pouvoir sont multiples (Dhillon & Thomas 2019).
- Réflexivité
- Une « conscience relationnelle » : savoir comment j'influence mes participants et comment ils m'influencent (Warin 2011). Elle renforce la fiabilité et la crédibilité de la recherche (Cutcliffe 2003). Concrètement, on réfléchit de façon critique au type de savoir produit et à la façon dont il est produit (Guillemin & Gillam 2004).
Pour l'exercice de réflexivité, posez-vous trois questions. Qui suis-je ? Qui suis-je par rapport à mon sujet ? (Quelles positions de pouvoir ou de vulnérabilité j'occupe, où je suis initié·e, où je suis étranger·ère.) Quelle est ma lentille ? (Valeurs, présupposés, accès.)
Ontologie, épistémologie, méthodologie
- Ontologie
- La nature de la réalité : la vision du monde dans laquelle les savoirs sont situés.
- Épistémologie
- La théorie de la connaissance : comment savons-nous ce que nous savons ?
- Méthodologie
- L'ensemble des méthodes et des règles d'une étude. Les choix méthodologiques découlent des positions ontologiques et épistémologiques.
Grix (2002) distingue deux grandes familles ontologiques :
| Fondationnalisme | Anti-fondationnalisme |
| Idée | La réalité a une base fixe et existe indépendamment de nos perceptions | Il n'y a pas de fondement sûr : le savoir est un réseau de contingences |
| Ambition | Universaliste, forte généralisabilité | Récits contextuels et interprétations locales |
| Épistémologies | Positivisme : une réalité unique et objective, connue par la mesure (chiffres, statistiques, expériences), à la recherche de lois universelles. Réalisme : le monde réel a des structures profondes et inobservables qui produisent ce qu'on voit ; méthodes mixtes. Réalisme critique : la réalité est objective mais notre savoir est socialement construit et faillible ; la réalité est stratifiée en trois domaines (l'empirique, ce qu'on observe ; le réel, les événements, observés ou non ; le « véritable », les structures et mécanismes causaux). | Constructivisme : la réalité politique est façonnée par les idées, les normes et le langage. Les identités et les intérêts changent et se co-construisent ; il s'oppose au réalisme, pour qui tout est lutte de pouvoir matérielle. Relativisme : faits et normes dépendent du contexte. La démocratie ou l'État « à l'occidentale » ne sont pas des étalons universels, ce qui aide à éviter l'ethnocentrisme. Risque : une dérive nihiliste. |
Philosophies des savoirs autochtones
- Selon Nadasdy (2005), les membres de la Première Nation de Kluane distinguent le savoir de première main, acquis par l'expérience et très valorisé, du savoir de seconde main : on apprend sur les plantes en classe, mais on n'interagit avec elles que sur le terrain. Voir aussi Simpson, Land as Pedagogy, à la POL-09.
- Albert White Hat Sr. (Sicangu Lakota, 1999) : il faut du savoir et de l'expérience pour atteindre la sagesse.
| Ontologie allochtone (selon la diapo) | Ontologie autochtone (selon la diapo) |
| Philosophie fondée sur le temps | Philosophie fondée sur l'espace |
| Anthropocentrique | Holistique |
| Temps linéaire | Temps circulaire |
| Le progrès suppose de s'émanciper de l'« état de nature » | L'humain dépend de la nature et de ses cycles |
Le titre de la diapo pose la question : ces ontologies sont-elles incommensurables ? Deux réponses s'opposent.
Le double regard (Etuaptmumk)
Proposé vers 2004 par les Aînés mi'kmaq Albert et Murdena Marshall avec la scientifique Cheryl Bartlett (Bartlett, Marshall & Marshall 2012), le principe consiste à voir d'un œil avec les forces des savoirs autochtones et de l'autre avec celles des savoirs occidentaux, ensemble. Quatre principes : valeur égale des deux ; absence de fusion (le savoir autochtone n'est pas un simple complément) ; collaboration et respect mutuel ; approche holistique (esprit, corps, âme, communauté). L'objectif initial était d'aider des élèves autochtones à réussir en sciences sans perdre leur identité.
Les différences disjonctives (Yann Allard-Tremblay, Wendat)
Les traditions politiques autochtones et euro-modernes diffèrent au point d'être parfois incomparables. Chercher un « cadre commun neutre » pour traduire l'une dans l'autre est risqué, car ce cadre supposément neutre est souvent euro-moderne et absorbe les concepts autochtones dans ses propres catégories. Certaines différences portent sur ce qui existe, sur ce qui compte politiquement et sur la nature même des relations politiques.
Discussion de classe : le double regard contredit-il Allard-Tremblay ?
Une réponse nuancée possible. En partie non : le double regard refuse justement la fusion et le « cadre commun ». Il garde deux yeux distincts, ce qui respecte la différence disjonctive. En partie oui : il suppose qu'on peut regarder « ensemble », et donc qu'un dialogue et une complémentarité sont possibles. Allard-Tremblay avertirait que l'institution qui organise ce dialogue (l'école, la science, l'État) fixe souvent les règles et risque de redevenir le cadre englobant. Le test décisif : qui décide de ce qui compte comme savoir valide ?
Méthodes
- Analyse institutionnelle
- Étudie comment les structures formelles et informelles façonnent le pouvoir : d'un côté les appareils coloniaux (Loi sur les Indiens, conseils de bande, ententes d'autonomie), de l'autre les systèmes de gouvernance traditionnels. Elle met en lumière la tension entre règles imposées par l'État et agentivité politique autochtone. Méthodes : traçage de processus (Jenson & Papillon 2000), observation participante et entretiens (White 2023), études de cas comparatives (Papillon 2024), analyse critique des politiques (Dabin 2022).
- Ethnographie
- Enquête qualitative de terrain, immersive : observation participante, entretiens, notes de terrain, triangulation.
- Analyse critique du discours (ACD)
- Étudie comment le langage construit, perpétue ou conteste les rapports de pouvoir et les inégalités (race, classe, genre) dans leur contexte (Groff 2023). Auteurs : Fairclough, van Dijk, Johnstone. C'est l'outil de l'atelier sur les traités (voir la semaine 4).
- Théorie politique
- Étude systématique des idées, principes et valeurs qui structurent le gouvernement : comment une société devrait-elle être gouvernée ?
- Méthodes de recherche autochtones (MRA)
- Approches conçues par et pour les peuples autochtones, ancrées dans leurs épistémologies. Au lieu d'extraire des données, elles suivent les « six R » : respect, pertinence (relevance), réciprocité, responsabilité, relationnalité, vénération (University of Alberta). Elles sont menées par la communauté, fondées sur les relations, remettent en question les frontières coloniales et sont axées sur la résilience et la résistance.
Éthique de la recherche avec les peuples autochtones
Le CRSNG pose quatre principes : autodétermination (les Premières Nations, Inuit et Métis fixent leurs priorités de recherche), décolonisation de la recherche, responsabilisation (respecter les protocoles, peser avantages et impacts) et égalité des chances pour les chercheurs et étudiants autochtones.
La participation de la communauté est obligatoire dans cinq cas (EPTC 2, chapitre 9, cité par le Groupe en éthique de la recherche) :
- la recherche se déroule sur des terres des Premières Nations, des Inuit ou des Métis ;
- l'identité autochtone est un critère de recrutement ;
- on sollicite des savoirs sur le patrimoine culturel, les artefacts ou les savoirs traditionnels ;
- l'identité ou l'appartenance autochtone sert de variable d'analyse (c'est exactement la question de révision) ;
- l'interprétation des résultats renvoie aux communautés, aux langues, à l'histoire ou à la culture autochtones.
Il faut aussi respecter les autorités autochtones (solliciter les dirigeants quand la recherche se fait sur leurs terres), reconnaître la diversité des intérêts au sein des communautés (y compris les sous-groupes non représentés par l'autorité officielle) et viser des avantages mutuels : formation, embauche locale, reconnaissance, accès aux résultats.
Questions de révision (semaine 2)
Différence entre ontologie et épistémologie ? Les deux grandes catégories ontologiques ? Le positivisme ? Le constructivisme ? Quelle tension l'analyse institutionnelle met-elle en lumière ? Qu'est-ce que l'ACD ? Les caractéristiques des approches de recherche autochtones ? Les obligations éthiques quand l'identité autochtone sert de variable ?
Lectures de la semaine 2 (deux sur trois à lire, mais Wolfe est partout dans le cours)
Wolfe (2006) : « Settler colonialism and the elimination of the native »
Journal of Genocide Research, 8(4), p. 387-409 · le texte fondateur du cadre du cours
Thèse. Le colonialisme d'occupation est une formation sociale centrée sur le territoire et régie par une logique d'élimination de l'indigène. Cette logique est permanente (« une structure, pas un événement ») et peut être génocidaire sans l'être toujours : meurtre, déplacement, assimilation et métissage sont des modalités interchangeables selon le contexte.
- Génocide et colonialisme d'occupation se recoupent sans se confondre. Il y a des génocides sans colonialisme d'occupation (Rwanda, Cambodge) et du colonialisme d'occupation sans massacre constant (p. 387).
- La race se construit selon ce qu'on veut de l'autre. Les Noirs américains sont racisés de façon inclusive (règle d'une goutte), car leur reproduction enrichissait les propriétaires d'esclaves. Les Autochtones le sont de façon restrictive (quotas de sang), car ils font obstacle à la terre. Le moteur, c'est donc le territoire, pas la race (p. 387-388).
- Deux faces de l'élimination (d'après Lemkin). La face négative détruit les sociétés autochtones ; la face positive construit une société de colons sur la terre prise. L'indigène « refoulé » continue de structurer la société coloniale, par exemple à travers les noms de lieux et l'appropriation symbolique (p. 388-390).
- La doctrine de la découverte distingue la dominion (souveraineté du découvreur) de l'occupancy (simple droit d'usage autochtone), avec un droit de préemption. Ce n'est pas une reconnaissance des droits autochtones, mais l'organisation de l'« interlude mortel » entre la proclamation et la prise de possession réelle (p. 390-393).
- La populace de la frontière n'agit pas contre l'État : elle est son instrument d'expansion, régularisé après coup. Le colonialisme d'occupation coordonne des acteurs publics et privés (p. 392-393).
- L'agriculture explique l'appétit de terre : elle est sédentaire, permanente, et nourrit l'immigration. Le reproche de nomadisme rend l'Autochtone déplaçable (p. 393-396).
- Le cas cherokee : les Cherokees étaient des agriculteurs « exemplaires », avec une constitution écrite. Ce qui gênait la Géorgie, c'était leur permanence collective, pas leur prétendue sauvagerie. Ce qu'on élimine, c'est la tribu comme collectivité (p. 396-397).
- Après la frontière, l'élimination se tourne vers l'intérieur : fin des traités aux États-Unis (1871), lotissement (Dawes, 1887), citoyenneté imposée (1924), constitutions modèles et quotas de sang (1934), terminaison. Wolfe rejette l'expression « génocide culturel », qui confond définition et degré, et propose « génocide structurel » (p. 398-404).
Formules à citer (courtes) : « invasion is a structure not an event » (p. 388) ; « Settler colonialism destroys to replace » (p. 388) ; « Territoriality is settler colonialism's specific, irreducible element » (p. 388) ; « where they are is who they are » (p. 388) ; « The reproach of nomadism renders the native removable » (p. 396) ; « assimilation can be a more effective mode of elimination than conventional forms of killing » (p. 402) ; et pour Pratt (Carlisle) : « Kill the Indian in him and save the man » (p. 397).
Liens : la période de soumission de Rodon correspond à la phase assimilationniste de Wolfe, et l'émancipation forcée à la « statistical extermination ». Les constitutions modèles de 1934 annoncent les constitutions exigées par les ententes du Yukon (Nadasdy). Mills partage l'idée de continuité (« Colonization isn't completed ») mais propose une alternative normative. Limite : l'approche est très structurale et laisse peu de place à l'agentivité et à la résistance. C'est la critique de Barker et King, reprise par Néméh-Nombré. Le Canada y est presque absent.
Melançon (2023) : « La position contradictoire des communautés francophones en situation minoritaire dans l'ordre colonial canadien »
RACÉC, 20(1), p. 126-146 · auteur : Université de Regina
Thèse. Les communautés francophones en situation minoritaire (CFSM) occupent une position contradictoire. Elles luttent pour la reconnaissance que leur promet l'ordre constitutionnel, mais elles bénéficient du colonialisme et en ont été agentes. Leurs droits linguistiques reposent sur l'appropriation des terres autochtones. Elles ont été « davantage colons (et souvent colonisateur.rices) que colonisé.es » (p. 140).
- La réconciliation est décontextualisée, réduite à des appels à l'action qu'on coche. Or l'un des grands obstacles à la réconciliation, c'est qu'une bonne partie de la population bénéficie du colonialisme, y compris des groupes eux-mêmes minorisés (p. 128).
- L'ordre colonial est un système de positions (le mot « ordre » au sens constitutionnel, policier et hiérarchique). Autochtone, colon, colonisé et colonisateur sont des positions, pas des identités (p. 130).
- L'autochtonéité, et donc la position coloniale, se définit par quatre relations : au territoire, à l'État, aux moyens de reproduction sociale et aux traditions et pratiques (d'après les « atouts » de classe d'E. O. Wright, Wolfe et Veracini).
- Appliquées aux CFSM, ces relations donnent quatre constats. Territoire : aucun critère linguistique n'a empêché les francophones d'accéder à la propriété (Prairies, Abitibi), prise sur des terres autochtones. État : les francophones ont des droits garantis (1867, 1982, Loi sur les langues officielles), et les crises scolaires sont un « affrontement des colonialismes ». Reproduction : les luttes scolaires francophones se font dans le système, alors que les pensionnats, souvent dirigés par des religieux francophones (les Oblats), ont détruit la reproduction autochtone. Traditions : aucune politique contre le français n'a eu d'effet comparable.
- Trois responsabilités : se nommer colon ; créer de nouveaux liens (« Créer les liens qu'interdit l'ordre colonial, c'est déjà commencer à défaire cet ordre », p. 141) ; faire des luttes pour le français des luttes réparatrices aussi pour les langues autochtones.
Liens : il refuse, comme Néméh-Nombré, le mythe d'un colonialisme français plus doux, mais préfère « colonialisme d'implantation » (p. 131, note 2), ce que critique Néméh-Nombré. Il complète Rodon : la clause de cession a été ajoutée aux traités numérotés après les négociations (Krasowski). Utile pour une question sur la place du Québec et des francophones. Limite : le texte est conceptuel, avec peu de données, et exclut le Québec lui-même.
Rodon (2019), ch. 2 : « L'évolution des politiques autochtones : des alliances à la soumission »
Les apories des politiques autochtones au Canada, PUQ, p. 27-50
Thèse. La relation entre l'État et les Autochtones suit l'équilibre du pouvoir. Elle passe des alliances (nation à nation, parce que les Européens en ont besoin) à la soumission (tutelle, assimilation, libération des terres), puis à la renégociation. Les histoires officielles, nationalistes, ont occulté le rôle fondateur des Autochtones.
- L'histoire n'est pas neutre : elle sert les projets nationaux québécois et canadien. Louis Riel est traître, héros ou symbole selon le point de vue.
- Les alliances sont une nécessité française : peu de colons (18 000 en 1713) et une traite qui dépend des Autochtones. La carte de la « Nouvelle-France » montre un réseau d'alliances, pas un territoire contrôlé : c'est une « fiction historique ».
- Le régime britannique : la Proclamation royale (7 oct. 1763) affirme la souveraineté de la Couronne et protège les terres indiennes, qu'on ne peut céder qu'à la Couronne, en assemblée publique. C'est « le document qui fonde les politiques autochtones du Canada » (p. 34). Les alliances sont réactivées en 1775 et en 1812. La guerre de 1812 est la dernière alliance militaire : « les Indiens en furent à coup sûr les perdants » (p. 37).
- Le basculement : fin de la menace américaine, déclin démographique, afflux de loyalistes, recul de la traite devant l'agriculture. Le semi-nomadisme devient un « obstacle au développement ».
- Les outils de la soumission (art. 91(24), Loi sur les Indiens, pensionnats, émancipation, traités numérotés) ont un double objectif : civiliser et assimiler, et libérer le territoire.
- Le paradoxe des réserves : elles ont préservé une identité indienne, d'où, selon Rodon, l'« échec » de l'assimilation. Les Inuit, eux, subissent une colonisation tardive par l'État-providence (sédentarisation, abattage des chiens, relocalisations à Grise Fjord et Resolute).
Chronologie détaillée selon Rodon
- 1603. Champlain à Tadoussac : alliance avec les Innus, « premier traité ».
- 1701. Grande Paix de Montréal : 1 300 délégués, 39 nations, apogée des alliances.
- 1759-1763. Prise de Québec ; traité de Paris (la France cède « sur papier » le territoire de ses alliés) ; guerre de Pontiac ; Proclamation royale.
- 1812-1814. Dernière alliance militaire ; mort de Tecumseh (1813) ; traité de Gand, qui n'accorde aucun territoire indien.
- 1830. Les affaires indiennes passent de l'administration militaire à l'administration civile.
- 1867. Art. 91(24). Avant cette date, 123 traités et cessions avaient déjà été signés.
- 1871-1921. Traités numérotés : 160 acres par famille, rente de 3 $ par personne, promesses orales jamais consignées.
- 1876. Loi sur les Indiens : agent indien, conseils de bande, les Indiens « pupilles et enfants de l'État ».
- Années 1880. Famines provoquées dans les Plaines sous Macdonald (Daschuk).
- 1884 / 1885. Interdiction du potlatch et des cérémonies ; système des laissez-passer.
- 1920. D. C. Scott rend les pensionnats obligatoires pour les 7-15 ans.
- 1927. Interdiction de financer des revendications ou d'engager un avocat (après les démarches des Nisga'a).
- 1933. Émancipation imposée, notamment aux diplômés.
- 1951. Abrogation de l'interdiction des cérémonies.
- Années 1950. Pensionnats étendus aux Inuit ; relocalisations ; abattage des chiens (le Québec reconnaît ses torts en 2011).
- 1985, 2011. Abolition partielle de la discrimination envers les femmes dans la Loi sur les Indiens.
- 1996 · 2008 · 2015. Fermeture du dernier pensionnat et rapport de la CRPA ; excuses de Harper ; CVR et juge McLachlin : « génocide culturel ».
- 2017. Rapport Boyer et Bartlett sur les stérilisations forcées (Saskatchewan).
Liens : pour Rodon, l'acte fondateur est la Proclamation de 1763 ; pour Mills, c'est le traité de Niagara (1764). Rodon décrit un rapport de force, Mills un ordre constitutionnel. Le récit d'une alliance française « moins menaçante » est exactement ce que Néméh-Nombré et Melançon critiquent. Attention à deux imprécisions du texte : la soumission est datée tantôt 1815-1954, tantôt 1815-1951 ; et Tecumseh est dit « chef cherokee », alors qu'il était shawnee. Ne les reprenez pas. Limite : le récit est centré sur l'État, et la thèse de l'« échec » de l'assimilation peut minimiser la continuité de l'élimination que souligne Wolfe.
Testez-vous
Répondez à voix haute ou par écrit avant d'ouvrir la réponse : c'est le rappel actif que recommande le professeur.
Différence entre ontologie et épistémologie ?
L'ontologie porte sur la nature de la réalité (ce qui existe), l'épistémologie sur la théorie de la connaissance (comment on sait ce qu'on sait). Les choix méthodologiques découlent des deux.
Quelle tension l'analyse institutionnelle met-elle en lumière ?
Celle entre les règles et structures imposées par l'État (Loi sur les Indiens, conseils de bande, ententes) et l'agentivité politique autochtone, y compris les systèmes de gouvernance traditionnels.
Le double regard contredit-il Allard-Tremblay ?
En partie non : il refuse la fusion et garde deux yeux distincts. En partie oui : il suppose un regard commun possible, et l'institution qui organise ce dialogue risque de redevenir le cadre englobant. Le test : qui décide de ce qui compte comme savoir valide ?
Pourquoi, selon Wolfe, la règle d'une goutte et les quotas de sang vont-ils en sens inverse ?
Le travail médiatise le rapport aux Noirs (on veut plus de main-d'œuvre, donc une définition inclusive) ; la terre médiatise le rapport aux Autochtones (on veut moins d'ayants droit, donc une définition restrictive). Le moteur est le territoire.
Quelles sont les quatre relations qui définissent la position coloniale selon Melançon ?
Le territoire, l'État, les moyens de reproduction sociale (dont l'école) et les traditions et pratiques.
Quelles sont les trois périodes de Rodon et leurs dates ?
Les alliances (1603 → 1815 dans l'Est, 1870 dans l'Ouest), la soumission (1815 → 1954), la renégociation (depuis 1954).